L’annonce par Opel de l’implantation de sa première usine hors d’Europe sur le territoire algérien suscite des inquiétudes en Espagne, exprimées par le média Galicia Press, qui anticipe un impact majeur pour l’usine de Vigo, l’un des sites les plus productifs du groupe en Europe.
Galicia Press situe cette implantation — officialisée par Florian Huettl, PDG d’Opel, et Samir Cherfan, directeur des opérations de Stellantis pour la région Moyen-Orient et Afrique — dans le cadre de la stratégie du « troisième moteur ». Cette formule désigne un mouvement d’expansion vers l’Afrique du Nord visant à produire localement pour les marchés régionaux tout en réduisant les coûts de fabrication. Dans cette équation, le média galicien souligne le caractère hautement concurrentiel du coût du travail en Algérie.
“Un salarié espagnol équivaut à huit ou neuf salariés algériens »
Selon les chiffres avancés par Galicia Press, un ouvrier de l’usine de Vigo coûte environ 40 000 euros par an à Stellantis, charges comprises. En Algérie, un travailleur qualifié reviendrait à un peu plus de 5 300 euros par an. Le média résume l’écart par une formule directe : « Un salarié espagnol équivaut à huit ou neuf salariés algériens. »
Pour un groupe qui fait de la compétitivité son principal levier stratégique, l’équation est claire, écrit le journal. Une logique économique qui inquiète Vigo : des modèles conçus en Europe sont désormais produits dans des conditions de coûts nettement plus favorables pour le constructeur de l’autre côté de la Méditerranée.
Transfert de savoir-faire vers le Sud
Le média espagnol insiste sur le rôle d’Ignacio Bueno, ancien directeur de l’usine de Vigo, aujourd’hui responsable industriel de Stellantis pour la région Moyen-Orient et Afrique. Pour Galicia Press, voir l’un des artisans de la modernisation galicienne piloter l’industrialisation nord-africaine symbolise un déplacement assumé du savoir-faire européen vers le sud de la Méditerranée.
Selon le journal, c’est un signal fort : les usines d’Afrique du Nord montent en gamme rapidement, en s’alignant sur les standards européens de qualité et de productivité, plus vite que ce que beaucoup d’acteurs européens avaient anticipé.
L’Algérie comme écosystème industriel, selon la presse espagnole
Dans ce contexte, Galicia Press décrit une dynamique industrielle algérienne en structuration. Le journal rappelle que l’usine Fiat de Tafraoui a dépassé les 50 000 unités produites, que l’intégration locale progresse et que des sous-traitants internationaux commencent à regarder l’Algérie « autrement que comme un simple marché ».
Selon la même source, l’arrivée d’Opel confirmerait cette trajectoire, au point que le média estime que « L’Algérie n’est plus un terrain d’assemblage ponctuel, mais un espace où se construit un véritable écosystème automobile. »
Le journal ajoute que la stratégie algérienne de substitution aux importations, longtemps critiquée, « commence à produire des effets tangibles », notamment en attirant l’attention des équipementiers historiquement liés aux plateformes européennes.
Un risque pour Vigo, une bascule pour la région
Pour le média galicien, le risque est réel. L’usine de Vigo, longtemps protégée par sa productivité et son avance technologique, se retrouve désormais prise en étau entre le Maroc, la Turquie et l’Algérie. Les investissements massifs à Kénitra, la montée en puissance de Tofas en Turquie et l’essor des sites algériens redessinent la carte industrielle interne de Stellantis.
Galicia Press observe que l’Europe du Sud, qui se considérait encore comme un pôle naturellement dominant, découvre que la compétition se joue désormais sur des critères — coûts, flexibilité, proximité régionale — où elle n’a plus systématiquement l’avantage.
Une inquiétude européenne comme indicateur extérieur
Dans cette lecture, l’Algérie apparaît comme un concurrent inattendu pour certains sites européens. En creux, Galicia Press décrit surtout un déplacement du centre de gravité industriel de Stellantis vers le sud de la Méditerranée : non plus un simple atelier périphérique, mais une zone dans laquelle se jouent désormais des arbitrages stratégiques de production.
Opel en Algérie, vue d’Espagne, n’est donc pas seulement une annonce industrielle : c’est le symptôme d’une bascule plus large où la Méditerranée cesse d’être une frontière économique pour devenir un axe de redistribution des capacités industrielles.
















