Quatre jours après le départ de Ségolène Royal, Giorgia Meloni annonce la création d’une chambre de commerce algéro-italienne. Les échanges bilatéraux ont atteint près de 9 milliards d’euros en 2025.
Le timing a quelque chose de cruel pour la France. Mardi 3 février, soit quatre jours après le départ de Ségolène Royal d’Alger, Abdelmadjid Tebboune s’entretenait par téléphone avec Giorgia Meloni. La présidente du Conseil italien a annoncé sa venue après le ramadan pour inaugurer une chambre de commerce bilatérale. Pendant ce temps, à Paris, la visite de l’ancienne ministre continue d’alimenter les plateaux télévisés- restitutions, repentance, accusations de “traîtrise”…etc.
“Tous les pays sont là pour investir, sauf la France”, avait d’ailleurs observé Mme Royal depuis Alger, citant l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne comme exemple de relations apaisées avec l’Algérie. Rome ne dit pas autre chose , mais le prouve contrats en main.
Le gaz plutôt que les symboles
L’Italie n’a pas attendu la brouille franco-algérienne pour se positionner, mais elle en tire profit. Depuis 2022 et la rupture avec Moscou, l’Algérie est devenue son premier fournisseur de gaz. Sur les quatre premiers mois de 2025, les exportations algériennes vers la péninsule ont atteint 3,8 milliards d’euros, en hausse de 6,5 % sur un an. Le gazoduc Transmed, qui relie Hassi R’mel à la Sicile, couvre désormais plus du tiers des besoins italiens.
Au total, les échanges commerciaux bilatéraux ont franchi 9 milliards d’euros durant les huis premiers mois de l’année 2025. Eni, le groupe énergétique italien, pousse ses positions : en avril, il a signé avec Sonatrach un accord de 1,35 milliard de dollars pour le bassin de Berkine.
Deux méthodes, deux résultats
Les relations franco-algériennes sont au point mort depuis l’été 2024 : expulsions croisées de diplomates, suspension de la coopération. La visite de Ségolène Royal, reçue par Tebboune et autorisée à voir le journaliste Christophe Gleizes en prison, a certes permis quelques avancées symboliques. Mais elle a surtout relancé en France un débat stérile sur les excuses coloniales et les restitutions -le canon Baba Merzoug, l’épée de l’émir Abdelkader, les crânes de résistants.
Rome joue une autre partition. Mme Meloni avait choisi Alger pour son premier déplacement officiel dès janvier 2023. L’Algérie figure parmi les quatorze pays du “Plan Mattei”, doté de 5,5 milliards d’euros, qui mêle aide au développement et contrôle des flux migratoires. Le nom du programme- hommage au fondateur d’Eni, connu pour ses contrats équitables avec les pays producteurs – vaut manifeste : l’Italie se présente en partenaire “non paternaliste”. La formule vise Paris sans le nommer.
Migration : l’autre terrain d’entente
L’entretien de mardi a également porté sur l’immigration clandestine, priorité du gouvernement Meloni. L’Algérie, frontalière du Sahel, intéresse Rome autant pour son gaz que pour sa position sur les routes migratoires.
La future chambre de commerce donnera un cadre institutionnel à une relation déjà dense. Tandis que la France se déchire sur son passé algérien, l’Italie construit son avenir commercial à Alger.
















