Le baril de Brent a chuté de plus de 27 dollars en l’espace de quarante-huit heures. Non pas parce que la guerre est terminée, mais parce que le président américain a laissé entendre qu’elle pourrait l’être bientôt. La nuance est capitale.
Dans un entretien accordé à CBS News, Donald Trump a déclaré que le conflit était « quasiment terminé » et que les États-Unis étaient « très loin en avance » sur son calendrier initial de quatre à cinq semaines. Ces quelques mots ont suffi à déclencher un mouvement de vente massif sur les marchés énergétiques. Le Brent, qui avait atteint 119,50 dollars le lundi 9 mars, son plus haut depuis 2022, est retombé sous les 87 dollars dès les premières cotations du mardi.
La réaction est spectaculaire. Elle est aussi, pour partie, mécanique. Le marché ne clôt pas le dossier géopolitique, il réduit simplement la prime de risque accumulée depuis dix jours. Les analystes de IG Markets estiment que le Brent devrait rester très volatil, évoluant dans une large fourchette entre 75 et 105 dollars selon l’évolution du conflit.
Car sur le terrain, rien n’a fondamentalement changé. Le PDG d’Aramco a averti, depuis un call investisseurs, que la guerre menaçait des « conséquences catastrophiques » pour les marchés pétroliers et provoquait une « réaction en chaîne sévère » au-delà du seul transport maritime. L’Irak a réduit sa production dans ses principaux champs du sud de 70 %, à environ 1,3 million de barils par jour. Le Koweït a commencé à diminuer sa production et déclaré la force majeure. Plus grave encore pour le marché du gaz naturel liquéfié, QatarEnergy a cessé sa production de GNL après des frappes iraniennes sur ses installations de Ras Laffan et Mesaieed.
L’Algérie dans la séquence
Pour Alger, la séquence des dix derniers jours appelle une lecture à deux niveaux. La flambée des prix du gaz en Europe, avec des contrats TTF en hausse de 76 % sur la semaine dépassant les 60 euros par mégawattheure, a mécaniquement valorisé les exportations algériennes vers l’Italie et l’Espagne, acheminées par gazoduc et donc hors de toute dépendance au détroit d’Ormuz. Sonatrach se retrouve, structurellement, dans la position du fournisseur alternatif dont l’Europe a besoin.
Mais la correction brutale du Brent rappelle la vulnérabilité des recettes budgétaires à la volatilité des cours. L’Algérie, dont le prix d’équilibre fiscal du baril est estimé autour de 60 à 65 dollars selon les projections du FMI, conserve une marge à 87 dollars. Un retour rapide vers ces niveaux, si la déclaration de Trump se confirmait par une désescalade effective, réduirait sensiblement les marges de manœuvre du Trésor.
L’Algérie fait par ailleurs partie des huit pays de l’OPEP+ qui ont décidé, le 1er mars, d’augmenter leur production de 206 000 barils par jour à compter d’avril. Cette décision, prise avant l’envolée des cours, prend une signification différente si le conflit s’étire. Elle pourrait être suspendue de facto, tant que l’accès aux routes d’exportation du Golfe reste compromis pour la majorité des membres du groupe.
Une désescalade encore à prouver
La prudence s’impose sur l’interprétation des propos de Trump. Interrogé sur la contradiction entre sa promesse d’une fin rapide et la déclaration de son secrétaire à la Défense Pete Hegseth selon laquelle « la guerre ne fait que commencer », le président a répondu que les deux pouvaient être vrais simultanément. La même journée, il menaçait l’Iran de frappes « vingt fois plus dures » si Téhéran tentait de bloquer les flux pétroliers.
Le lendemain, alors que le Brent poursuivait son repli à −8 %, Téhéran a dissipé toute ambiguïté. Ali Mohammad Naini, porte-parole des Gardiens de la révolution, a déclaré que « les forces armées iraniennes n’autoriseront pas l’exportation d’un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu’à nouvel ordre », selon l’agence Tasnim.
Il a ajouté que les efforts pour « réduire et contrôler le prix du pétrole seront ponctuels et vains », visant directement les déclarations présidentielles de la veille. Les Gardiens avaient par ailleurs posé, lundi soir, une condition diplomatique sans précédent : tout pays qui expulserait les ambassadeurs américain et israélien obtiendrait « la pleine liberté de traverser le détroit dès le lendemain. »
















