La journée a été agitée sur les marchés pétroliers. Le baril de Brent, qui sert de prix de référence international pour le pétrole, a perdu 87 cents pour tomber à 69,98 dollars vers 14h00 (heure algérienne), repassant sous le seuil des 70 dollars pour la première fois de la semaine. Le pétrole américain WTI a également reculé, perdant 1,03 dollar pour s’établir à 64,39 dollars le baril.
Le signal d’alarme est venu des États-Unis. L’agence américaine chargée des statistiques énergétiques a confirmé mercredi que les réserves de pétrole brut avaient gonflé de 16 millions de barils en une seule semaine, soit la plus forte hausse depuis trois ans. Face à une telle abondance d’offre, les investisseurs ont commencé à vendre, faisant mécaniquement baisser les prix.
Genève au centre de l’attention
L’autre explication de cette baisse est diplomatique. Une troisième série de négociations entre Washington et Téhéran s’est tenue ce jeudi à Genève, avec la participation du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi et de l’envoyé spécial américain Steve Witkoff, sous la médiation du chef de la diplomatie omanaise.
La perspective d’une avancée diplomatique a réduit les craintes d’un conflit militaire au Moyen-Orient, une région qui joue un rôle clé dans l’approvisionnement mondial en pétrole. Or, depuis plusieurs semaines, c’est précisément cette menace de guerre qui maintenait les prix à un niveau élevé : selon l’analyste Vandana Hari, le cours du Brent intègre actuellement une surcote liée à l’Iran estimée à 10 dollars par baril.
De son côté, l’Iran n’attend pas. Téhéran a multiplié par trois ses chargements de pétroliers ces derniers jours, cherchant à exporter le maximum de brut avant toute éventuelle escalade. Les exportations depuis l’île de Kharg ont atteint 20,1 millions de barils entre le 15 et le 20 février, soit plus de 3 millions de barils par jour.
Les droits de douane américains rajoutent de l’incertitude
La situation est également compliquée par la politique commerciale américaine. Le président Donald Trump a annoncé son intention de porter à 15 % les droits de douane sur les produits importés aux États-Unis, après que la Cour suprême a invalidé son précédent programme de taxes. Cette décision a semé le doute chez les investisseurs, qui tentent d’évaluer ses effets sur l’économie mondiale et donc sur la consommation de pétrole.
Un marché qui reste sous pression sur le long terme
Les grandes banques internationales ne prévoient pas de rebond durable des prix. Goldman Sachs table sur un Brent à 56 dollars en moyenne pour l’ensemble de l’année 2026. Bank of America anticipe de son côté une moyenne de 60 dollars, dans un marché mondial où l’offre dépasse la demande d’au moins 2 millions de barils par jour.
Malgré la correction de ce jeudi, les prix du pétrole restent en hausse d’environ 15 % depuis le 1er janvier, portés par la prime de risque liée au dossier iranien. L’issue des négociations de Genève dira dans les prochaines heures si cette protection tient encore, ou si la réalité du marché reprend le dessus.
















