Sous la pression directe des États-Unis, le Venezuela ouvre son secteur pétrolier au privé et bénéficie d’une suspension partielle des sanctions. Ce double mouvement, bien que présenté comme un renouveau économique, marque une rupture idéologique profonde susceptible de rebattre les cartes de l’OPEP et de fragiliser les alliances historiques de Caracas.
Une réforme radicale votée dans l’urgence
Le Venezuela tourne le dos à la ligne Chavez en matière de contrôle des ressources. Son Assemblée nationale a voté jeudi, sans débat public significatif et de manière unanime, une loi ouvrant le secteur des hydrocarbures au privé. Cette réforme permet désormais aux entreprises privées d’explorer, produire et commercialiser le pétrole sans participation obligatoire de l’État.
Cette célérité législative est toutefois vivement critiquée. Pour Rafael Ramírez, ex-ministre du Pétrole de l’ère Chavez aujourd’hui en exil, cette loi constitue un « énorme recul ». Il rappelle que le pays avait nationalisé son industrie dès 1976 et dénonce une réforme qui « se fait malheureusement sans débat et de manière accélérée », y voyant une capitulation de la souveraineté nationale.
L’alignement stratégique sur Washington
Dans l’optique de reprendre pied dans ce secteur stratégique, l’administration Trump a suspendu partiellement les sanctions visant la PDVSA, l’entreprise publique vénézuélienne, autorisant les entreprises américaines à investir massivement. Cette licence, encadrée par le Département du Trésor US, permet d’acheter, transporter et raffiner le brut vénézuélien sous une surveillance étroite de Washington.
En parallèle, la réouverture de l’espace aérien et les déclarations de Donald Trump sur la “sécurité retrouvée” du pays signalent un retour du Venezuela dans la sphère d’influence directe des États-Unis. Ce pivot se fait au détriment des alliés historiques du régime : la Russie et la Chine. Jusqu’ici partenaires piliers, ces puissances se retrouvent marginalisées par les nouvelles licences américaines, posant la question du remboursement des dettes colossales contractées par Caracas auprès de Pékin.
Rupture nette avec l’architecture chaviste
Pour le gouvernement de transition, cette réforme est une nécessité pragmatique. Les taxes multiples ont été remplacées par une contribution plafonnée à 15 % et des redevances maximales de 30 % du revenu brut. Si l’État conserve la propriété des gisements, il octroie aux opérateurs une autonomie de gestion inédite.
La présidente par intérim, Delcy Rodríguez, qualifie ce virage de « bond historique ».
Cependant, ce virage fragilise l’équilibre interne. En retirant le contrôle effectif de la rente pétrolière à l’entreprise d’État, le gouvernement s’expose à des tensions avec les cercles qui géraient jusqu’ici les infrastructures et profitaient de la manne pétrolière.
Vers un retour en force au sein de l’OPEP ?
Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées au monde, concentrées dans la ceinture de l’Orénoque. Sa production, tombée à un point bas historique de 350 000 barils par jour en 2020, est déjà remontée à 1,2 million aujourd’hui et vise désormais les 2 millions à moyen terme.
Cette remontée spectaculaire permet au pays de passer d’un statut de membre marginalisé à celui d’un acteur capable d’influencer à nouveau la régulation des quotas au sein de l’organisation. Toutefois, le succès de ce pari dépendra de la capacité de Caracas à gérer la frustration de ses anciens alliés et la grogne des défenseurs de la nationalisation historique.
















