La capture de Nicolas Maduro ne devrait pas bousculer les cours du brut à court terme. Mais l’issue politique à Caracas pourrait redistribuer les cartes.
Donald Trump a donc frappé. Samedi, les forces américaines ont mené une offensive sur Caracas et annoncé la capture de Nicolas Maduro, après des mois de menaces et de sanctions. Une intervention que beaucoup attendaient sans vraiment y croire.
Et pourtant, les marchés pétroliers n’ont pas bougé. Le baril n’a pas décollé, les traders n’ont pas paniqué. “Depuis le blocus sur le Venezuela il y a un mois, les prix n’ont pas bougé”, rappelle un analyste du secteur interrogé par Maghreb Émergent. La raison tient en un mot : surproduction. “C’est ce qui explique que même aujourd’hui, ça ne changera pas”, poursuit-il.
Le choix du week-end pour lancer l’assaut n’est pas non plus le fruit du hasard. Washington voulait éviter une réaction à chaud des places financières. Mais au fond, le marché avait déjà intégré le scénario. Les exportations vénézuéliennes sont erratiques depuis des années, et les sanctions américaines, le blocus naval décrété en décembre, les saisies de cargaisons avaient déjà marginalisé Caracas sur l’échiquier pétrolier mondial. La Chine elle-même, principal client du Venezuela avec plus de 80 % des exportations, avait commencé à se rabattre sur le brut lourd canadien.
Sur le terrain, la production n’a pas été touchée. PDVSA, la compagnie nationale, fonctionnait normalement ce week-end, ses installations ayant été épargnées par les frappes. Trump voulait Maduro, pas les puits.

Washington regarde ses propres réserves
Reste la question que tout le monde se pose : pourquoi maintenant ? L’explication officielle -trafic de drogue, régime illégitime, menace migratoire- ne convainc pas grand monde dans les chancelleries latino-américaines. Le Venezuela possède 303 milliards de barils de réserves prouvées, soit 20 % du total mondial et le plus gros stock de la planète. Difficile d’évacuer ce facteur.
“Si le coup de Trump réussit, il pourra reconstituer ses réserves de pétrole de schiste, qui s’épuisent”, avance notre source. L’hypothèse mérite qu’on s’y arrête. La production américaine de schiste montre des signes d’essoufflement, les gisements s’épuisant plus vite que prévu. Les majors américaines lorgnent depuis longtemps sur le brut lourd vénézuélien, et Chevron, qui a maintenu une présence sur place malgré les sanctions, serait la première à en profiter en cas d’ouverture.
Le cabinet texan Energy Outlook Advisors a publié samedi une analyse des scénarios possibles. En cas de changement de régime, ses analystes anticipent une levée progressive des sanctions, le retour des compagnies américaines et une hausse des exportations au-delà de 900 000 barils par jour (niveau actuel OPEP). Mais pas de quoi inonder le marché pour autant car toute augmentation sérieuse de la production prendra des années, tant les infrastructures sont vétustes et les investissements nécessaires colossaux. L’OPEP+ a d’ailleurs réaffirmé dimanche le gel des hausses de production au T1 2026, citant ces incertitudes.
Une équation politique encore instable
Tout cela suppose une transition ordonnée, et rien n’est acquis sur ce plan. Le chavisme a des racines profondes dans la société vénézuélienne, l’armée reste une inconnue, et l’Amérique latine n’a pas applaudi. Le Brésil, le Mexique et la Colombie ont condamné l’intervention, et même des alliés traditionnels de Washington affichent publiquement leur malaise.
“Tout cela à condition qu’il n’y ait pas de résistance”, nuance l’analyste. Trump a parié sur un effondrement rapide du régime. Si la situation s’enlise-guérilla, sabotages sur les installations, crise humanitaire amplifiée-le coût de l’aventure pourrait vite dépasser les gains espérés.
Pour l’instant, les marchés font le pari de la stabilité et estiment que l’offre mondiale, déjà excédentaire, peut largement absorber la disparition temporaire du brut vénézuélien. Mais cette équation repose sur un scénario où tout se passe bien à Caracas, ce qui n’a rien d’évident.