Le régime algérien est davantage dans une logique de fuite en avant que de recherche effective d’une solution à la crise du système rentier qui dure.
Le Gouvernement va-t-il, comme il le répète depuis des années, commencer à supprimer les subventions ? Selon le directeur de la prévision au ministère des Finances, Sidi Mohamed Ferhane, les subventions, notamment celles des produits énergétiques, ont commencé à faire l’objet d’une étude destinée à examiner les conditions de leur réforme et leur ciblage. Ce projet intervient, indique-t-il, suite à une enquête faite par l’Office Nationale des Statistiques qui a révélé que les produits énergétiques (gaz, électricité et carburants) sont subventionnés à hauteur de 1700 milliards de dinars pour la seule année de 2017. En effet, compte de l’augmentation exponentielle de la consommation locale en énergie, il est craint non pas seulement que le montant des subventions double mais que l’Algérie ne puisse plus exporter ses hydrocarbures dans les quelques années à venir. C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré le ministre de l’énergie, Mustapha Guitouni, en affirmant récemment que « l’Algérie risque de ne plus pouvoir exporter son gaz naturel d’ici à trois ans. » Toutefois, compte tenu de la nature rentière du système algérien, il n’est pas envisageable d’aller vers la suppression des subventions. C’est en tout cas ce que nous explique Samir Bellal, économiste et spécialistes des questions de la régulation. « La politique des subventions n’a pas véritablement de justification économique. Elle a un fondement politique: le populisme. Si cela ne tenait qu’à lui, le populisme supprimerait tous les prix pour que les hommes obéissent au politique, et non plus aux lois objectives du marché. Le débat n’est pas économique. Il est fondamentalement politique. La question se pose, en effet, de savoir quel statut on veut conférer, dans les faits, au marché pour réguler l’activité économique. Quand on subventionne à tout-va, on réduit la sphère de l’échange marchand mais on crée du même coup des situations de rente, on favorise le gaspillage, et on décourage la production. Bloquer les prix est une pratique éminemment populiste, » explique Samir Bellal qui estime qu’il n’y a aucune raison de maintenir les subventions. Toutefois, autant il n’y pas de raison de supprimer les subventions, autant le Gouvernement s’y cramponne et s’obstine à les maintenir. Car, nous explique Samir Bellal, « les subventions représentent l’ADN du système » et qu’il « ne peut pas survivre à leur suppression ». « Un régime qui nie le marché ne peut pas se passer des subventions. Ce régime, populiste, est incapable d’admettre que le prix exclut. Les subventions constituent l’ADN économique de l’idéologie populiste qui fait mouvoir ce régime, » appuie-t-il. Pour étayer son propos, M. Bellal rappelle « le débat sur le maintien ou non des subventions date des années 1990, lorsque l’Algérie a été amenée, sous la pression du FMI, à opérer un ajustement structurel dont l’un des éléments constitutifs était la suppression des subventions. « Jusqu’à la fin des années 1990, la situation sur ce plan-là était relativement saine. Le boom pétrolier des années 2000 a généré un laxisme budgétaire manifeste, qui s’est particulièrement aggravé depuis 2011. Résultat des courses: tous les efforts consentis dans les années 1990 pour assainir la situation économique du pays ont été dilapidés, et l’on se retrouve, en 2015 et 2016 dans une situation qui ressemble étrangement à celle qui prévalait au milieu des années 1980. L’histoire économique du pays est, de ce point de vue, un éternel recommencement, » argumente-t-i en rappelant que le nombre des produits subventionnés n’a fait qu’augmenter avant l’on ne commence à parler d’une réforme sous l’effet de la crise.