Pourquoi le Maghreb ne se construira pas sur la « solution » Trump au Sahara Occidental

Pourquoi le Maghreb ne se construira pas sur la « solution » Trump au Sahara Occidental

L’évolution géopolitique la plus importante des trente dernières années en Afrique du Nord se joue en cette fin d’année 2025. Les deux précédentes de même ampleur avaient été déclenchées à partir d’octobre 1988, puis d’août 1994, par une combinaison d’événements intérieurs et de conjonctures extérieures (fin de la guerre froide). La première (Zeralda-Marrakech) avait ouvert une dynamique de détente et de relance du projet de Maghreb uni ; la seconde (fermeture des frontières algéro-marocaines) avait inversé le mouvement.

Cette chronique propose une lecture critique de la séquence actuelle. Trop de médias mainstream la présentent hâtivement comme une opportunité sérieuse de relancer l’intégration maghrébine débarrassée de « l’affaire sahraouie », considérée comme l’obstacle majeur au rêve unioniste des pères fondateurs.

Or, cette séquence repose sur une paix américaine substituée à celle des Nations unies et du droit international : un deal package typique de l’approche transactionnelle de Donald Trump, qui confond le conflit indo-pakistanais du Cachemire avec le dossier de la décolonisation du Sahara Occidental. Symboliquement, elle tente d’enterrer la solution à deux États — une option possible dans le cadre de l’autodétermination — au moment même où Trump est contraint de reconnaître la résurgence mondiale de cette solution entre la Palestine et Israël.

Un naufrage diplomatique algérien

Seul un veto russe ou chinois peut encore éviter un revers dramatique pour le projet de décolonisation du Sahara Occidental et pour la doctrine onusienne de l’autodétermination des peuples sur les territoires non autonomes.

Sans cela, le Conseil de sécurité voterait une résolution d’inspiration américaine faisant du plan d’autonomie élargie proposé par le Maroc en 2007 — et rejeté par le Polisario et l’Algérie — la base principale du règlement du conflit.

Ce serait un naufrage diplomatique algérien. La responsabilité n’incombe pas seulement à la diplomatie rigide et conflictuelle de la présidence Tebboune, mais à la longue inertie politique des années Bouteflika.

Maghreb Émergent et Radio M furent critiqués il y a une dizaine d’années pour avoir accueilli des points de vue favorables à la réouverture de la frontière terrestre avec le Maroc et à la relance d’une coopération économique, seule base solide — nécessaire mais non suffisante — pour une issue consensuelle au Sahara Occidental.

L’Algérie post-guerre civile a manqué, durant la décennie du pétrole cher (2005-2015), une initiative forte et généreuse à l’égard du Maroc, en réponse stratégique à son plan d’autonomie. Chadli Bendjedid avait, lui, offert le gazoduc traversant le Maroc vers l’Espagne.

Le recours final du Maroc à Israël pour gérer un voisinage aussi névralgique illustre l’absence de vision prospective d’Alger durant cette période, alors que le pays était encore en position de force pour obtenir une issue plus équitable au dossier sahraoui que celle qu’il subit aujourd’hui.

Une opportunité factice pour un Maghreb otage

Le tournant est là. Le Polisario vient d’ouvrir la porte à une acceptation conditionnelle du plan d’autonomie élargie marocain, à condition qu’il soit soumis au vote des Sahraouis comme option référendaire. Ce serait alors une expression d’autodétermination, sauvant l’honneur et levant un demi-siècle d’obstacles à la réconciliation algéro-marocaine.

Mais cette perspective, séduisante sur le papier, ignore la complexité sociopolitique du terrain — dans les camps et les quartiers indépendantistes de Laâyoune notamment.

Dans son dernier communiqué, le Polisario exprime en creux le vœu que la question du Sahara Occidental cesse d’être un obstacle au rapprochement des peuples maghrébins. La sincérité semble réelle, la lassitude palpable après deux générations de lutte. Beaucoup d’Algériens espèrent une issue à ce dossier qui a accompagné toute leur vie. Il faut le souhaiter, mais sans illusion.

Un immense défi politique

Aucune construction sérieuse du Maghreb ne peut reposer sur une solution inéquitable au Sahara Occidental imposée par des puissances occidentales — anciennes coloniales ou impériales comme l’Amérique de Trump. Le Polisario imploserait, la résistance prendrait d’autres formes, incontrôlables.

Les dirigeants fragilisés d’Alger ne coopéreraient pas avec le Maroc si cela ressemblait à une reddition maquillée en « deal » gagnant-gagnant. D’autant que rien ne les y oblige : l’atout énergétique subsiste avec les gisements de gaz de schiste, et la situation politique marocaine reste instable.

L’Algérie semble néanmoins prête à explorer un règlement différent, pour redonner une chance à la construction d’un espace maghrébin prospère. C’est ce qu’avait fait Hassan II en venant à Zeralda en 1989, alors qu’il perdait la guerre sur le terrain. Il avait gagné du temps, jusqu’à ce que la guerre civile algérienne le libère de ses engagements.

Il ne faut pas rejouer ce scénario inversé. Trop de temps a été perdu. Le Maghreb ne peut se bâtir sur le sacrifice de la volonté de liberté du peuple sahraoui. Là réside le véritable défi politique.

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