Presse électronique : comment Bouteflika s’est égaré dans le désert numérique algérien

Presse électronique : comment Bouteflika s’est égaré dans le désert numérique algérien

La chronique hebdomadaire de El Kadi Ihsane sur El Watan s’est emparée cette semaine de la sortie « malheureuse » du président Bouteflika sur la presse électronique pour décortiquer un anachronisme sidéral.

L’Algérie est le plus retardataire des pays du Maghreb sur la numérisation de la vie économique et social. Il est aussi dans le « grupetto » des lâchés à l’échelle mondiale sous l’angle chiffre d’affaires des services numériques rapporté au PIB. L’indicateur annuel E-readiness IBM/ The Economist qui évalue l’expansion du numérique dans les pays situe l’Algérie au 120e rang mondial en 2015. Elle est au 34e rang mondial par le Produit intérieur brut (PIB) la même année. Ce monstrueux décalage mérite que cette chronique s’y arrête aujourd’hui que l’actualité lui en offre l’occasion. La déclaration, ce 21 octobre, du président Bouteflika au sujet de la presse électronique qui serait devenue « un danger » pour l’Algérie qu’il faut réguler au plus vite suggère une étiologie à cette faiblesse du numérique. Le pouvoir politique ne comprend pas les enjeux de la digitalisation. Il en a peur. Le conseillé à la présidence qui a rédigé ce concentré d’incantations vaudous au sujet de l’édition numérique a restitué le fonds intellectuel de la maison : ne surtout pas développer ce que nous ne comprenons pas. La numérisation est l’outil de l’horizontalisation de la mondialisation autant que de sa verticalisation. Les citoyens sont devenus des acteurs de la production des contenus, des besoins et des offres pour les combler. Autant qu’ils sont clients, récepteurs d’informations et communautés captives. Le numérique dématérialise les échanges marchands de l’ancienne économie et déstabilise les gouvernances classiques. Abdelaziz Bouteflika, 80 ans, l’année prochaine, qui a cessé d’être un apprenant depuis au moins 20 ans, est emmuré dans la posture de l’assiégé face au numérique. Conséquence, l’Algérie a manqué les énormes gains de productivité qui vont avec. Et qui font qu’avec des infrastructures physiques meilleurs que ceux de nombre de pays concurrents, l’Algérie apparaît toujours un pays archaïque pour les investisseurs étrangers. Difficile à contre dire. L’Internet Mobile est arrivé seulement en janvier 2015 (2011 en Afghanistan). Le paiement électronique balbutie à fin 2016 pour les grands facturiers. Il est toujours fermé aux particuliers. Le m.paiement solution complémentaire, voire alternative en Afrique subsaharienne, est muselé malgré les gesticulations de la ministre des PTIC. Les services de navigation par GPS sont verrouillés comme un dépôt de nitroglycérine. La numérisation est bloqué de la diffusion radio et télévision terrestre véritable saut technologique par dessus la rareté (exagérée) des fréquences sur le spectre hertzien. La minuscule filière de la production des contenus digitaux est sous contrôle quasi-policier. Le cluster du Cyberparc de Rahmania (Sidi Abdellah) reste désespérément vide des starts-up qui doivent dessiner l’univers quotidien des Algériens dans leurs maisons, leurs transports, leur travail, leurs loisirs.

La déclaration hostile du président Bouteflika à ce qu’il croit être la presse électronique est, au fonds, un banal acte de défiance de l’ancienne économie à la nouvelle. Bâti sur l’incompréhension et la peur. « L’information » dans la nouvelle économie est, comme dans la transition énergétique, un mix de supports. Un dépassement de l’ancien modèle émetteur-récepteur. Les anciens émetteurs se sont digitalisés non pas seulement pour résister à la migration de leur public vers la consommation des contenus sur PC, tablettes et smartphones. Ils le font aussi parce que l’information n’est plus leur monopole. Les plateformes biface qui font rencontrer des publics compatibles sur les deux versants de leur business sont les nouveaux «hub» de l’ancienne « information ». Airbnb, qui vaut déjà deux fois le groupe Accor, a chamboulé l’industrie hôtelière dans le monde en ne détenant aucun actif physique. De même que sans parc roulant, Uber, est devenu un géant planétaire de la mobilité urbaine low-coast. Les plates formes biface qui, par un service immatériel, font coïncider une demande précise à une offre compatible, ont modifié également l’industrie de l’information en faisant de tous les connectés des sources émettrices d’information grâce aux réseaux sociaux. Or les réseaux sociaux, sont un maillon essentiel de la digitalisation de l’économie. Même, les objets connectés qui envahissent le quotidien des pays avancés (connaître à distance le contenu de son frigo ou la température du salon sur le chemin du retour à la maison) se développent en s’appuyant sur la « viralité » de l’information que seuls proposent Facebook, Twitter, Google plus, Youtube, ou Instagram. L’évolution la plus impactante de l’économie mondiale de ces 20 dernières années est là : l’explosion des flux de données qui circulent instantanément sur le même espace numérique planétaire. L’information aujourd’hui est de la big data que s’arrachent tout le monde ; plate-forme, marques, annonceurs, Etats. Le GAFAM, Google, Apple, Facebook, Amazone, Microsoft dominent depuis plusieurs années la capitalisation boursière de Wall Street. Trois de ces géants mondiaux (à plus de 100 milliards de dollars) n’existaient pas il y’ a à peine 25 ans. La phrase terrible de Abdelaziz Bouteflika sur la « presse électronique basée à l’étranger » est d’un anachronisme terrifiant. Elle dit combien la relation du politique au numérique est bâtie sur l’approche strictement sécuritaire. Avant de réguler une activité, il faut la créer. En Algérie l’industrie des contenus digitaux est à créer. Elle est au cœur de l’économie numérique, une fois la connectivité démocratisée. La presse électronique en est n’est plus qu’une partie. Une partie noyée dans le flux planétaire de la data que génère une humanité de plus en plus connectée. De plus en plus actrice de la production des informations, des représentations et des opinions.

Un pays, un seul, construit la numérisation de son économie en tournant le dos au GAFAM et à la big data planétaire pour contrôler les contenus « non désirés ». Ce pays s’appelle la Chine. Le parti communiste chinois bloque Facebook, twitter Youtube et la plupart des accès aux contenus qui peuvent « informer » les Chinois autrement. Il ne le fait pas seulement pour « protéger » politiquement sa conduite autoritaire du pays. Il s’agit tout autant d’une mesure de protectionnisme commercial. L’espace numérique « domestique » lie les chinois entre eux sur des plates-formes chinoises. Weibo, mélange de Facebook et de Twitter compte 500 millions d’abonnés dont 50 millions actifs tous les jours. Wechat, un réseau social mobile privé avec 400 millions d’utilisateurs dans le monde dont 240 millions en Chine génèrent 7 milliards de dollars de chiffre d’affaire. Le numéro un mondial de la vente en ligne n’est pas Amazone comme on pourrait le croire mais le chinois Ali Baba (411 milliards d’euros de transactions en 2015). La Chine s’est appuyée sur sa taille démographique exceptionnelle et sur le dynamisme de sa jeunesse pour délimiter un contre espace numérique. En dehors de ce contre-modèle le positionnement des transitions numériques de pays comme l’Algérie est évident. Compléter, et fixer dans des data-center dans l’espace local, l’offre digitale que les grandes plates formes mondiales ne peuvent pas donner. Cela signifie non pas mettre sous surveillance ou fermer mais ouvrir la production des contenus digitaux algériens. Et vite chercher un autre inspirateur des communiqués de la présidence sur des sujets aussi sérieux.

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