La flambée des cours de l’or et de l’argent perturbe profondément le marché algérien de la bijouterie. Entre envolée des prix, tension sur la demande et pénurie de matière première, les artisans se retrouvent dans une situation de blocage. Les témoignages recueillis auprès de professionnels du secteur traduisent une réalité économique difficile, marquée par une forte volatilité et une paralysie progressive des ateliers.
Le gramme d’or est passé de 26 000 à 40 000 dinars en trois mois
Le marché de l’or connaît depuis plusieurs mois une trajectoire haussière. Djebbar, bijoutier, dresse un constat chiffré : « C’est vrai que les prix de l’or depuis le début de l’année n’ont pas cessé d’augmenter. Début novembre, le gramme d’or importé 18 carats était à environ 26 000 dinars ».
Depuis ce niveau, la progression est notable. Fin décembre, le prix « a dépassé la barre des 32 000 dinars », avant d’entrer dans une nouvelle phase d’accélération dès janvier 2026. « À partir du 3 janvier, il est reparti en hausse pour toucher les 40 000 dinars le gramme vers la fin du mois », explique Djebbar. En prenant comme base 26 000 dinars en novembre et un pic à 40 000 dinars le 29 janvier 2026, la hausse atteint 14 000 dinars, soit une augmentation de 53,8 %.
« Vendredi dernier, il a rechuté pour une vente à 34 000 dinars », et depuis, la tendance reste haussière. « Ce mercredi 4 février 2026, on le vend à 37 000 dinars le gramme », souligne le bijoutier, qui insiste sur un facteur clé : la demande. « Dès que les gens entendent que les prix ont baissé, ils ne cessent pas de m’appeler pour se renseigner ».
Autre indicateur, l’écart entre l’or importé et l’or local. « Dans le passé, la différence dépassait les 2 000 dinars. Ces derniers temps, elle est autour de 1 000 dinars ». Quant à l’or dit « cassé », il s’achète « entre 27 000 et 28 000 dinars le gramme », confirmant une tension sur l’ensemble du segment.
Prix de l’argent : une hausse de 133 % depuis l’été
La situation est plus critique encore sur le marché de l’argent. Djamel, bijoutier spécialisé, évoque une hausse sans précédent : « Pour l’argent, le marché a enregistré une hausse jamais connue. L’été dernier, le gramme d’argent vierge ne dépassait pas les 300 dinars ».
Aujourd’hui, cette matière première est devenue introuvable. « Actuellement, l’argent vierge est indisponible sur le marché. Il se vend à 700 dinars le gramme », affirme Djamel. Pour les artisans, le prix grimpe davantage : « Les artisans le vendent jusqu’à 1 000 dinars », tandis que « dans les vitrines, on l’affiche à 1 200 dinars ». Le passage de 300 à 700 dinars représente une hausse de 133 %. « Pour les pièces importées en argent, on les achète à partir de 1 200 dinars, et certaines sont affichées jusqu’à 1 700 dinars ».
Pénurie de matière première : les artisans de l’argent à l’arrêt
Derrière la hausse des prix, c’est toute une filière qui se retrouve paralysée. Contrairement à l’or, l’argent souffre d’un problème structurel : l’absence de matière première. « L’argent vierge n’est plus disponible sur les marchés », martèle Djamel.
Cette pénurie entraîne des conséquences directes sur l’activité artisanale. Faute d’approvisionnement, plusieurs ateliers de transformation ont réduit leur production, voire fermé temporairement. La flambée des prix n’est donc pas seulement spéculative : elle résulte aussi d’un marché déséquilibré, sans offre suffisante face à une demande persistante.
















