Quand le Brésil bloque l’Algérie aux BRICS mais courtise son marché

Quand le Brésil bloque l’Algérie aux BRICS mais courtise son marché

Août 2023 : le Brésil oppose son veto à l’adhésion algérienne aux BRICS. Mai 2025 : plus de 20 entreprises brésiliennes se réunissent à Alger pour un forum d’affaires. Entre rejet politique et appétit commercial, Brasília cultive l’art du deux poids, deux mesures.

En août 2023, le Brésil s’oppose à la candidature d’adhésion pleine aux BRICS lors du sommet de Johannesburg. Les motifs invoqués portent sur le poids économique insuffisant de l’Algérie, son PIB par habitant jugé trop faible et sa dépendance excessive aux hydrocarbures. L’Inde partage cette position, scellant ainsi l’échec de la candidature algérienne.

Pourtant, les entreprises brésiliennes ne semblent pas partager les réserves de leur gouvernement. Plus de 248 sociétés brésiliennes opèrent actuellement en Algérie, générant des échanges commerciaux annuels de 3,5 milliards de dollars. Cette présence massive contraste avec les arguments avancés pour justifier l’exclusion politique.

Une diplomatie économique à géométrie variable

Ce mardi, Alger accueille le Forum d’affaires Algérie-Brésil à l’hôtel Sofitel. L’événement réunit plus de 20 entreprises brésiliennes de premier plan, couvrant des secteurs variés : aviation, automobile, agroalimentaire, machines industrielles, équipements médicaux et pharmacie. Cette mobilisation entrepreneuriale intervient alors que le Brésil préside actuellement le groupe BRICS.

L’organisation du forum implique plusieurs institutions des deux pays : le Conseil algérien du renouveau économique ( CREA), le ministère brésilien des Relations extérieures, l’agence Apex Brasil, la Chambre de commerce arabo-brésilienne et l’ambassade du Brésil à Alger. Cette coordination institutionnelle donne une dimension officielle aux échanges économiques.

Les entreprises brésiliennes visent trois objectifs principaux sur le marché algérien. Elles cherchent d’abord à diversifier les partenaires économiques de l’Algérie, réduisant sa dépendance vis-à-vis de ses partenaires traditionnels. Elles souhaitent ensuite intégrer les produits algériens dans les chaînes de valeur mondiales, particulièrement grâce à l’expertise brésilienne dans l’industrie et l’agriculture. Enfin, elles veulent ouvrir de nouvelles perspectives d’exportation vers l’Amérique latine, marché encore peu exploré par les entreprises algériennes.

Les échanges entre les deux pays révèlent une asymétrie caractéristique. L’Algérie exporte principalement des hydrocarbures vers le Brésil, tandis qu’elle importe sucre brut, viande, blé, huile de soja, véhicules et équipements divers. Depuis 2001, ces échanges progressent au rythme de 6% par an, faisant de l’Algérie le deuxième marché africain pour les produits brésiliens après le Nigeria.

Des compensations qui ne masquent pas l’incohérence

Cette dynamique commerciale révèle l’incohérence de la position brésilienne. Comment justifier simultanément l’insuffisance économique de l’Algérie pour rejoindre les BRICS et l’attractivité de son marché pour les entreprises brésiliennes ?

La contradiction apparente s’explique par la séparation entre logiques commerciales et considérations géopolitiques. Les entreprises brésiliennes poursuivent leurs intérêts économiques indépendamment des positions diplomatiques de leur gouvernement. Cette approche pragmatique leur permet de maintenir leur présence sur un marché jugé profitable.

Du côté algérien, cette situation offre un enseignement sur les réalités des relations internationales contemporaines. Les décisions politiques ne reflètent pas nécessairement les dynamiques économiques, et les partenariats commerciaux peuvent prospérer malgré les désaccords diplomatiques.

Malgré le véto initial, l’Algérie a finalement obtenu le statut de « membre partenaire » des BRICS lors du sommet de Kazan en octobre 2024. Cette position lui permet de participer à certaines initiatives sans pouvoir décisionnel. Par ailleurs, elle a rejoint officiellement la Nouvelle Banque de Développement des BRICS en mai 2025, accédant ainsi au financement de projets d’infrastructure.

Mais ces avancées partielles n’effacent pas la contradiction fondamentale : le Brésil juge l’Algérie insuffisamment solide pour les BRICS tout en considérant son marché suffisamment attractif pour y maintenir une forte présence commerciale. Cette dualité révèle les complexités de la diplomatie économique moderne, où pragmatisme commercial et calculs géopolitiques suivent des logiques parfois divergentes.

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