La guerre frappe au Moyen-Orient, et la Libye refait surface. Depuis que les échanges de frappes entre l’Iran, les États-Unis et Israël ont précipité les marchés énergétiques dans la turbulence, les capitales européennes scrutent avec une attention renouvelée ce pays fracturé qui borde la Méditerranée. En quelques semaines, Tripoli est redevenue un nom que l’on prononce à Rome, à Bruxelles et à Washington, pour des raisons qui n’ont pas toutes trait au gaz.
L’Europe cherche de l’air
La déclaration de force majeure de QatarEnergy sur plusieurs livraisons de gaz naturel liquéfié destinées à l’Europe a agi comme un révélateur. Cinq cargaisons initialement prévues début avril pour la société italienne Edison ne seront pas livrées. Le ministre italien de l’Énergie, Gilberto Pichetto Fratin, a confirmé que Rome explore des alternatives, parmi lesquelles figure le gaz libyen acheminé via le gazoduc Green Stream, qui relie le littoral libyen à la Sicile. La dépendance aux approvisionnements du Golfe, que les capitales croyaient diversifiée, s’est révélée plus fragile que prévu.
La Compagnie nationale libyenne des hydrocarbures ambitionne de porter la production de gaz à un milliard de pieds cubes par jour d’ici 2030, et les revenus pétroliers du pays ont progressé de près de 30 % en 2025. À l’échelle continentale, les investissements dans les hydrocarbures africains devraient atteindre des dizaines de milliards de dollars cette année, portés par l’appétit des compagnies internationales pour des sources moins exposées aux crises du Proche-Orient. Le baril de Brent a franchi les 92 dollars vendredi, un niveau inédit depuis 2022.
La mémoire de 2011 ressurgit à Washington
À des milliers de kilomètres de Tripoli, la Libye a resurgi dans le débat américain par un détour inattendu. Nancy Pelosi a invoqué l’intervention militaire de 2011 pour critiquer l’opération baptisée « Wrathful Fury » conduite par Donald Trump contre l’Iran, estimant que les frappes actuelles dépassent largement le cadre d’un « usage limité de la force ».
L’argument s’inscrit dans une offensive démocrate dénonçant l’absence d’autorisation préalable du Congrès au regard de la loi sur les pouvoirs de guerre de 1973, qui impose une notification au Parlement dans les 48 heures et subordonne toute opération prolongée à un vote d’autorisation.
Bruxelles maintient le dialogue
Sur le flanc méditerranéen, le commissaire européen aux migrations Magnus Brunner a réaffirmé que couper le dialogue avec Tripoli « n’est pas une option ». L’amiral Marco Casabiери, commandant de l’opération Irini, a effectué sa première visite officielle à Tripoli, rencontrant le chef d’état-major du Gouvernement d’union nationale Salah Namroush ainsi que les responsables de la marine et des garde-côtes libyens. La question d’un centre de coordination du sauvetage maritime en Libye reste en suspens, prise entre les exigences de Bruxelles, les réticences de Tripoli et les objections des organisations de défense des droits humains.
La Libye en 2025 reste ce qu’elle est depuis 2011. Réservoir d’hydrocarbures convoité, verrou migratoire indispensable, théâtre d’une mémoire stratégique encore vive à Washington. Ses partenaires internationaux y reviennent non par conviction, mais par nécessité.
















