Alors que plusieurs pays européens procèdent à des retraits préventifs de laits infantiles, Danone a tenu à rassurer les consommateurs et les distributeurs algériens. Dans une correspondance adressée à l’Organisation algérienne de protection et d’orientation du consommateur (APOCE), le groupe affirme que les produits commercialisés en Algérie ne sont pas concernés par les rappels déclenchés à l’étranger.
Danone Algérie précise que les lots retirés en Europe ne figurent pas dans les circuits d’importation destinés au marché national et que les références distribuées localement proviennent d’unités non touchées par les incidents sanitaires constatés ailleurs. À ce stade, aucune alerte n’a été émise par le ministère du Commerce ou les autorités sanitaires, et aucun retrait n’a été signalé dans les réseaux de distribution algériens.
Le marché algérien des laits infantiles repose largement sur les importations. Danone y commercialise Blédilait et Gallia, Nestlé distribue Nidal et Guigoz, tandis que Lactalis est présent via Picot, très répandue dans les pharmacies et grandes surfaces. Les rappels européens concernent certaines références de ces marques, mais les lots incriminés proviennent d’usines destinées à d’autres marchés.
La vigilance reste de mise
Si la situation apparaît maîtrisée en Algérie, elle demeure sensible en Europe. Depuis décembre 2025, plusieurs lots ont été retirés en raison de la présence potentielle de céréulide, une toxine produite par la bactérie Bacillus cereus. Le système européen d’alerte rapide pour les denrées alimentaires (RASFF) a signalé plusieurs chaînes de production concernées dans différents pays.
Nestlé a rappelé des lots de Guigoz et Nidal, Lactalis a retiré des références Picot le 21 janvier 2026, et Danone a élargi ses propres rappels dans plusieurs pays européens après des recommandations sanitaires renforcées. Ces retraits touchent plusieurs dizaines de marchés et concernent les trois principaux acteurs mondiaux du lait infantile.
Le céréulide n’est pas systématiquement recherché lors des contrôles de routine, les normes portant surtout sur la présence de Bacillus cereus. Cette bactérie, très répandue, peut produire la toxine dans certaines conditions de stockage ou de transformation. Les experts rappellent que même les installations industrielles les plus contrôlées ne sont pas totalement à l’abri.
Pour l’Algérie, l’épisode pose la question de l’adaptation des protocoles aux standards internationaux récents, notamment pour la recherche de toxines thermorésistantes. Plus de 80 % des volumes consommés proviennent de groupes étrangers, ce qui expose le pays aux incidents sanitaires survenant à l’extérieur. La sécurité des produits importés dépend ainsi autant des contrôles à l’origine que de la capacité des autorités algériennes à ajuster leurs propres procédures.
Même si Danone assure que le marché algérien n’est pas concerné, l’affaire met en évidence la fragilité d’une chaîne d’approvisionnement largement dépendante de l’étranger et la nécessité d’investir dans les capacités de contrôle locales.
Une production locale qui tarde
Les rappels européens peuvent aussi avoir un impact économique. La réorganisation des lignes industrielles et les pertes liées aux retraits peuvent créer des tensions sur l’offre mondiale et, à terme, peser sur les prix dans les pays importateurs, dont l’Algérie.
L’affaire relance enfin le débat sur la production locale de laits infantiles. Plusieurs projets ont été annoncés sans aboutir. Le seul réellement engagé est celui de l’usine TAZI à Oran, dont la première pierre a été posée le 20 juillet 2025 en présence de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) et du Conseil du renouveau économique algérien (CREA). Présentée comme capable de couvrir jusqu’à 40 % des besoins nationaux, l’unité est encore en chantier et n’a pas débuté sa production.
À ce jour, l’Algérie ne produit aucun lait infantile et reste entièrement dépendante des importations pour les produits de premier, deuxième âge et de croissance. Dans l’attente d’une filière nationale effective, la sécurité alimentaire des nourrissons algériens demeure liée à des chaînes industrielles situées hors du pays.
















