La récente notice conjointe d’un collectif de quatre ministères, fixant les règles d’activité des petits importateurs, soulève de fortes inquiétudes dans un contexte déjà tendu. L’objectif affiché est d’encadrer la micro-importation et d’offrir un cadre légal clair, mais la réalité du terrain laisse entrevoir une crise toujours profonde, notamment pour le marché des pièces détachées automobiles.
Cette réglementation stricte, loin d’apporter les solutions espérées, accentue les difficultés vécues par les automobilistes, au centre d’une mobilisation silencieuse mais très douloureuse.
Souffrance des automobilistes : entre pénuries, coût élevé et risques accrus d’accidents
Les automobilistes algériens vivent quotidiennement une situation d’extrême souffrance face à la rareté des pièces détachées sur le marché. Cette pénurie chronique empêche l’entretien normal de leurs véhicules, les obligeant à rouler avec des composants usés ou défectueux.
Cette réalité entraîne un risque accru d’accidents de la route, dus à des pannes mécaniques soudaines telles que des défaillances de freins ou des problèmes de direction. Par ailleurs, l’inflation galopante des prix des pièces, exacerbée par un marché paralysé, aggrave la situation, excluant une large partie des conducteurs du recours à des réparations essentielles.
La crise de la pièce détachée affecte également le marché automobile tout entier, freinant les ventes et la circulation sécurisée des véhicules. Les usagers vivent un véritable calvaire, indissociable d’un système économique en mal d’adaptations pragmatiques.
un espoir déçu d’une solution salvatrice
La nouvelle note ministérielle avait suscité un vif espoir parmi les petits importateurs qui se voyaient enfin autorisés à importer des pièces détachées dans un cadre légal clair. L’instauration d’une plateforme numérique dédiée, l’obligation d’enregistrer les opérations et la délivrance d’une licence générale annuelle devaient faciliter la transparence et fluidifier les importations.
La lourdeur administrative, les plafonds stricts limitant les importations à 1,8 million de dinars par déplacement, ainsi que le double déplacement maximal autorisé par mois, freinent l’activité et maintiennent la pénurie intacte. Les importateurs se retrouvent contraints par un cadre trop rigide pour répondre aux besoins réels du marché.
Autorisation sur mesure
Les petits importateurs algériens bénéficient aujourd’hui d’un cadre réglementaire strict, limité à l’importation de certains produits spécifiques, notamment l’habillement et les cosmétiques.
En effet, de nombreux produits sont interdits à l’importation dans ce cadre, en particulier depuis l’Europe. Sont expressément exclus : les produits pharmaceutiques, les équipements sensibles soumis à une réglementation stricte, les armes blanches, les vêtements militaires, les appareils de minage de cryptomonnaies, les denrées alimentaires d’origine animale ou végétale non conformes aux normes sanitaires, les boissons alcoolisées, les produits du tabac, y compris les cigarettes électroniques, les animaux et végétaux non domestiques, les contrefaçons, ainsi que les pièces détachées, déchets et vêtements usagés.
Ces restrictions visent à protéger la santé publique, la sécurité nationale et l’économie locale. Ainsi, l’autorisation accordée aux petits importateurs est sur mesure, limitée à des produits jugés non sensibles, dont l’habillement et les cosmétiques, favorisant une activité conforme et encadrée.
Une réglementation jugée trop restrictive
La notice conjointe des ministères concernés opte pour un cadre légal de l’activité des petits importateurs, mais instaure également un carcan trop restrictif pour répondre aux défis réels du marché algérien des pièces détachées et des produits essentiels.
Cette réglementation, loin d’être une solution, risque malheureusement d’accentuer la crise, au détriment des automobilistes et de la santé publique. Un réexamen en profondeur s’impose d’urgence pour concilier encadrement et dynamique commerciale responsable.