Le marché mondial de l’or vient de franchir un cap historique qui redéfinit les équilibres du secteur des métaux précieux. Le 23 janvier 2026, l’once d’or a dépassé pour la première fois la barre symbolique des 4 800 dollars, avant de poursuivre son ascension pour atteindre 4 983,10 dollars le 25 janvier au matin, soit une progression de 1,42% en 24 heures.
En effet, selon plusieurs plateformes de quotation, cette envolée spectaculaire s’inscrit dans une dynamique haussière amorcée depuis plusieurs mois et qui redessine le paysage de l’investissement dans les valeurs refuges.
Les tensions géopolitiques à l’origine ?
L’évolution des cours illustre l’ampleur du mouvement : après avoir touché 4 913,40 dollars à la clôture du 24 janvier, le métal jaune a bondi de près de 70 dollars en quelques heures, naviguant dans une fourchette comprise entre 4 901,20 et 4 991,40 dollars. Le fixing de Londres du jeudi 23 janvier affichait 4 940,88 dollars (4 210,73 euros) en séance de l’après-midi, représentant une progression de +2,55% en dollars sur deux jours. Cette volatilité traduit l’intensité des flux d’investisseurs vers cette valeur refuge traditionnelle.
Les facteurs explicatifs de cette flambée sont multiples. Les tensions commerciales initiées par l’administration américaine, notamment autour du Groenland et les menaces de droits de douane à l’encontre de l’Europe, alimentent massivement la demande d’or physique et d’instruments financiers adossés au métal précieux. À cela s’ajoutent les incertitudes persistantes sur l’inflation mondiale et les turbulences géopolitiques au Proche-Orient, autant de facteurs qui renforcent l’attractivité de l’or comme protection patrimoniale.
Une demande mondiale à des niveaux jamais vus
Les chiffres de la demande mondiale témoignent de l’engouement sans précédent pour le métal jaune. Au troisième trimestre 2025, la demande a atteint 1 313 tonnes, un sommet en vingt-cinq ans représentant environ 146 milliards de dollars. Cette ruée vers l’or crée des tensions majeures sur l’offre : « Là où il fallait quelques jours pour produire plusieurs dizaines de kilos, il faut désormais parfois plusieurs semaines », témoignent les professionnels du secteur.
Les banques centrales contribuent largement à cette dynamique avec des achats de 1 090 tonnes en 2024, marquant la troisième année consécutive au-dessus du seuil des 1 000 tonnes. L’offre mondiale, quant à elle, peine à suivre avec une progression d’à peine 1% en 2024 pour atteindre 4 974 tonnes, bien insuffisante face à l’explosion de la demande.
Les particuliers pris dans la tourmente
Pour les épargnants et investisseurs individuels, cette flambée des cours provoque des réactions contrastées. En France, des milliers de particuliers expriment aujourd’hui leurs regrets d’avoir trop attendu avant d’investir dans le métal précieux. Le Napoléon 20 francs, pièce la plus échangée sur le marché français, s’établit désormais autour de 759 euros début janvier 2026, contre des niveaux bien inférieurs il y a quelques mois.
Les gestionnaires de fonds, eux, réajustent significativement leurs allocations, passant de 5% vers 10 à 20% d’exposition à l’or selon certains acteurs du marché. Les ETF adossés à l’or amplifient mécaniquement la volatilité : même un flux modéré vers ces produits entraîne des hausses significatives en raison de l’achat physique qui accompagne la création d’or papier.
Le marché algérien sous pression
En Algérie, cette flambée mondiale se répercute immédiatement sur les cours locaux. Le gramme d’or importé de 24 carats a atteint 37 000 dinars le 24 janvier 2026 dans certaines régions du pays, contre 33 000 dinars au 1er janvier, soit une hausse de plus de 15% en moins d’un mois. Des hausses qui reflètent fidèlement la progression observée sur les marchés internationaux.
Cette escalade sème le trouble dans le secteur de la bijouterie algérienne, comme nous l’avons rapporté dans une édition précédente, déjà fragilisé par la volatilité des cours. « Avec cette hausse sans fin et l’instabilité du prix de l’or, on est vraiment dans l’impasse. Dans la majorité des cas, on vend à perte », avait confié un artisan bijoutier d’Alger pour Maghreb Emergrent (ici). Les marges sont devenues quasi nulles, obligeant certains professionnels à emprunter pour racheter la même quantité vendue : « Fermer ma bijouterie devient une option moins risquée que de vendre à perte », témoigne-t-il.
La perspective d’un gramme à 45 000 dinars d’ici la fin de l’année, évoquée en octobre 2025, pourrait même être dépassée au rythme actuel de progression. Pour les consommateurs algériens, la comparaison avec les années 2000 est vertigineuse : un bijou qui valait 1 700 dinars le gramme atteint aujourd’hui plus de 20 000 dinars, soit près de douze fois son prix initial.
Cette situation met également sous pression le marché de l’or importé en Algérie, dans un contexte où le pays cherche à développer sa propre production nationale. Entre 2022 et 2024, la production locale a atteint 350 kg d’or, et le gouvernement vise désormais 240 kg par an à court terme. Toutefois, ces volumes restent dérisoires face aux besoins d’un marché local dopé par la tradition d’achat de bijoux lors des mariages et par la recherche de valeurs refuges dans un contexte économique incertain.
















