Sa peine aggravée en cassation, Ali Ghediri reste en prison jusqu’à 2025 ( Compte rendu )

Sa peine aggravée en cassation, Ali Ghediri reste en prison jusqu’à 2025 ( Compte rendu )
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 Le général-major à la retraite et ancien candidat à la présidentielle avortée de 2019, a été rejugé mardi 16 mai en cassation à la cour d’Alger. Il a été condamné à six ans de réclusion à quelques jours de sa sortie de prison, prévue le 13 juin. Il avait été condamné à quatre ans de prison en première instance puis en appel en 2022.

Appelé à la barre, Ali Ghediri, amaigri et sans menottes, écoute la juge lui énoncer les chefs d’accusations pour lesquels il est poursuivi : « participation à la démoralisation de l’armée en temps de paix » en vertu de l’article 75 du code pénal ; et ayant appelé le chef de l’armée à intervenir dans la vie politique dans une interview accordée au quotidien El Watan le 28 décembre 2018 et intitulée « Gaid Salah face à une responsabilité historique ».

« Je me demande quel est le crime que j’ai commis en 2019 ! Une année qui ne compte que cinq mois pour moi, qu’ai-je fait pendant ces cinq mois avant d’être emprisonné ? la seule chose que j’ai fait est que je me suis présenté au élections présidentielles », a répondu Ali Ghediri à la juge. « Donc la cour considère que se présenter aux élections présidentielles est un crime », a-t-il ajouté.  

La juge lui demande de répondre aux faits pour lesquels il est accusé. « Ne faites pas un discours ! exige t-elle ».

Ali Ghediri note que la chambre d’accusation s’est basée sur une interview qu’il a accordée à El Watan. « Est-ce que tout le monde l’a lue ? Est-ce que les jurés l’ont lue ? » s’interroge t-il. La juge lui répond qu’ils la liront plus tard.  

Me Bouchachi intervient énergiquement en rappelant que « tous les points doivent être discutés ici. Il n’y a pas de plaidoiries dans la chambre des délibérations. Ne me dites pas qu’ils la liront là-bas, ils doivent la lire ici ».

Ali Ghediri commence à lire le passage incriminé dans l’interview en question, avant d’être interrompu par la juge. Il intervient pour dire : « J’ai publié trois contributions dans le quotidien El Watan (…) Vous avez repéré un seul mot dans cette interview sur la base duquel  vous m’accusez d’avoir porté atteinte à l’armée. Ne me condamnez pas à quatre ans, parce que je les ai déjà purgés, condamnez mois à mort ! ». La salle applaudit fortement, ce qui pousse la a juge suspendre l’audience en menaçant les participants de vider la salle.

A la reprise de l’audience, Ali Ghediri est interrogé sur la campagne présidentielle.

 « Comment avez-vous fait pour financer votre campagne présidentielle ? », lui demande la juge.

« Je n’ai pas fait campagne, je collectais les signatures et on m’a convoqué plusieurs fois à la DGSI (Antar) pour me demander de me retirer », répond Ghediri.

Interrogé sur ses liens avec son co-accusé Hocine Guesmi, il répond : « Il était un appât, il était manipulé pour me piéger. Dans son bureau, il y avait des photos avec des généraux, pensez-vous que les services de sécurité ignoraient ce qu’il faisait ? »

La juge lit des passages de l’interview en question et lui demande : « ici vous avez demandé au chef d’état major de l’ANP (Gaid Salah) d’intervenir ». « Je n’ai pas demandé, j’ai exprimé mon opinion », a-t-il répondu.

Le procureur poursuivit sur la même veine : « Qu’entendiez-vous par « prendre ses responsabilités ? », a-t-il demandé. Ghediri répond clairement :« Je voyais le pays en train de couler, j’appelle qui ?  un parlement cadenassé ? Je me sui adressé à l’armée, l’institution la plus stable du pays. .

La juge lui demande pourquoi il n’a pas demandé un droit de réponse après la publication de l’interview sur El Watan. « C’est la rédaction qui assume le titre, pas moi », répond Ghediri avant d’ajouter : « Cet article serait passé inaperçu si je ne m’étais pas présenté aux élections présidentielles ».

L’un des avocats de la défense intervient et demande pourquoi « Gaid Salah n’a pas fait de démenti ». Un autre avocat demande pourquoi le quotidien El Watan n’a pas été poursuivi.  

Ali Ghediri poursuit : « Le 20 janvier je me suis présenté aux élections présidentielles. En février et mars j’ai subi des pressions pour me retirer ». A cette remarque, la juge répond, énigmatiquement : « vous vous êtes retiré et les élections ont été annulées ». On peut se demander à quoi faisait-elle allusion au juste.

Un lourd réquisitoire

Le parquet a requis une peine de dix ans de réclusion pour Ali Ghediri et vingt ans pour Hocine Guesmi. Ce dernier est poursuivi pour « usurpation de l’identité » d’un certain Hocine Gouasmia. il est accusé de l’avoir utilisée pour fonder un parti politique. Il est également accusé de « faux et usage de faux, usurpation de fonction et pour avoir divulgué des informations à des parties étrangères dans l’objectif de porter atteinte à l’économie nationale et à la sécurité du pays » et de « réception de fonds depuis l’étranger ».

Appelé à la barre au début du procès, il a été auditionné, assis sur une chaise, ne pouvant ni marcher ni rester debout en raison de la dégradation de son état de santé. Il a été interrogé sur ses liens avec Ali Ghediri et les signatures pour la campagne présidentielle qu’il avait collectées, ainsi que sur ses liens avec des ambassadeurs qu’il a rencontrés et auxquels il « aurait transmis des informations ». Pour sa défense, il a rejeté toutes les accusations, et répondu qu’il s’agissait de partenariats économiques. Il est aussi interrogé sur ses liens avec Gouasmia Hocine, dont il aurait usurpé l’identité et sur les « documents falsifiés » utilisés pour la création de son parti politique : « La tribune de l’Algérie de demain ». La juge revient à la charge plusieurs fois, mais il ne répondit à aucune de ses sollicitations.

Les avocats de la défense dénoncent des « dossiers vides »

Me Bourayou a rejeté le réquisitoire du parquet estimant qu’il est « disqualifié » : « Le seul document utilisé comme preuve dans ce dossier est une interview. Il ne contient aucune accusation ou preuve qui justifie le délit mentionné dans l’article 75 du code pénal », a-t-il indiqué.

 « Comment le parquet peut-il formuler des demandes alors qu’il a été disqualifié ?  (…) Votre réquisitoire est politique ! C’est une démarche pour ne pas laisser Ali Ghediri sortir de prison », a-t-il ajouté.

Pour les avocats de Hocine Guesmi, le rapport l’inculpant dans cette affaire est « vide » et « « ne contient aucune preuve sur les chefs d’inculpation » pour lesquels est poursuivi leur client.

A l’issue de ce procès qui s’est terminé tard dans la nuit, la présidente de la cour a prononcé l’aggravation de la peine pour les deux inculpés. Six ans de réclusion pour Ali Ghediri avec privation de ses droits civiques, et douze ans de réclusion contre Guesmi Hocine. Ce dernier a été acquitté pour l’accusation de « réception de fonds depuis l’étranger à des fins de propagande politique » (art 95 bis du code pénal).

M.B

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