Une crevette qui coûte aujourd’hui l’équivalent d’une journée de salaire minimum. Un panier de produits frais qui absorbe désormais deux fois et demi le SNMG mensuel. Les chiffres que publie le bureau de conseil FINABI, issus d’une comparaison entre 2001 et mars 2024 sur la base des indices de l’Office national des statistiques, donnent une mesure concrète d’un appauvrissement que beaucoup de ménages algériens vivent au quotidien sans pouvoir le quantifier.
Le diagnostic de FINABI est précis. En 2001, la crevette se vendait 607,52 dinars, soit 7,6 % d’un SNMG alors fixé à 8 000 dinars. En mars 2024, son prix atteignait 4 250,4 dinars, représentant 21,3 % d’un salaire minimum porté à 20 000 dinars. « Le salaire minimum a augmenté de 150 % alors que le prix de la crevette a augmenté de 600 % », relève le bureau. Ce rapport entre salaire et prix de l’aliment, appliqué à l’ensemble des viandes rouges et produits de la mer, raconte à lui seul l’histoire d’un pouvoir d’achat qui s’effondre sur ce segment précis du marché.
Tout ne suit pas la même trajectoire. Le poulet et les œufs, note FINABI, n’ont pas alourdi le budget des ménages, leurs poids dans le SNMG restant stables sur toute la période. Les légumes, fruits frais et secs affichent une progression inférieure à 1 %, à l’exception des dattes Deglet Nour, dont le poids a progressé de 2 points.
Une inflation jugée « spéculative » sur les viandes rouges et les produits de la mer
C’est sur le panier global que la démonstration de FINABI prend toute sa force. En 2001, ce panier de produits frais tel que défini par l’ONS représentait 127,2 % du SNMG. Il en représente aujourd’hui 242,5 %. Pour retrouver le pouvoir d’achat de 2001, le salaire minimum devrait être porté à 48 493,26 dinars. Sans la flambée des viandes rouges et des produits de la mer, ce seuil tomberait à 29 049,53 dinars.
Face à ce décrochage, FINABI ne s’en tient pas au diagnostic. Le bureau juge que « l’inflation sur les viandes rouges et les produits de la mer est spéculative » et formule deux préconisations. Augmenter les importations, d’abord, en reconnaissant toutefois que le niveau actuel « est timoré pour corriger la courbe des prix efficacement. »
Mobiliser le secteur public économique vers la production de ces denrées, ensuite, les entreprises publiques affectées à ce segment étant jugées « actuellement défaillantes. » FINABI écarte explicitement la revalorisation salariale comme réponse prioritaire, estimant qu’elle risquerait d’être « captée par les spéculateurs qui rodent tels des vautours sur ce segment. »
















