Sociétés d’impression : un secteur sous pression à l’heure des mutations de la presse

Sociétés d’impression : un secteur sous pression à l’heure des mutations de la presse

Confrontées à l’effondrement progressif de la presse papier, à la chute des volumes imprimés et à un lourd héritage financier, les sociétés d’impression publiques évoluent dans un environnement de plus en plus contraint. Longtemps dépendantes des journaux, elles sont aujourd’hui appelées à se réinventer pour assurer leur survie économique, dans un contexte de restructuration annoncé par les pouvoirs publics.

Longtemps considérées comme un maillon stratégique de l’écosystème médiatique national, les sociétés d’impression traversent aujourd’hui l’une des périodes les plus délicates de leur histoire. Entre la disparition progressive des journaux papier, l’érosion continue des tirages et un passif financier accumulé au fil des années, ces entreprises publiques font face à des contraintes structurelles qui menacent directement leur viabilité.

Dans les années 2000 et jusqu’au milieu des années 2010, la presse écrite algérienne comptait plusieurs dizaines de titres papier. On estimait alors à plus de 160 journaux et périodiques le nombre de publications imprimées, dont plus d’une soixantaine de quotidiens, avec des tirages cumulés dépassant deux millions d’exemplaires par jour. Cette activité soutenue garantissait un volume de travail régulier aux imprimeries publiques, largement dépendantes de la presse écrite pour leur chiffre d’affaires.

Aujourd’hui, le paysage a profondément changé. La majorité des titres ont disparu ou réduit drastiquement leur périodicité et leurs tirages. Les estimations actuelles, non officielles, situent à une quarantaine de titres papier encore actifs, dont une grande partie imprime au seuil minimal exigé par la Loi, quand ils ne se limitent pas à des parutions irrégulières. Cette contraction brutale de la demande a entraîné une sous-utilisation chronique des capacités de production.

Un modèle à bout de souffle et un passif financier lourd

La crise que traverse le secteur n’est pas uniquement liée à la transition numérique. Elle est aussi le produit d’un modèle économique déséquilibré, longtemps toléré. Pendant des années, de nombreux journaux ont continué à être imprimés sans honorer régulièrement leurs engagements financiers. Des dettes importantes se sont ainsi accumulées au profit des sociétés d’impression publiques, fragilisant leur trésorerie et limitant leur capacité à investir, à se moderniser ou à se diversifier. L’exemple du journal Echourouk, considéré il n’y pas si longtemps comme l’un des plus gros tirages de la presse papier a cessé de paraître en raison de dettes non honorées estimées à plus de 100 milliards de centimes.

Ce passif financier, rarement résorbé dans sa totalité, pèse encore aujourd’hui sur la situation des imprimeries, confrontées à des charges fixes élevées, à des équipements lourds à entretenir et à une masse salariale difficilement compressible dans un contexte de baisse continue de l’activité.

Conscient de la gravité de la situation, le ministre de la Communication a récemment insisté sur la nécessité d’achever le processus de réorganisation des sociétés d’impression. Il a rappelé que le dossier est actuellement examiné au niveau du Conseil des participations de l’État afin d’identifier les meilleures options possibles pour redresser le secteur et lui assurer un avenir viable.

Diversification, efficacité économique et redéploiement

Face à l’effondrement structurel de la presse papier, la diversification apparaît désormais comme une condition de survie. Le ministre a appelé à dépasser la dépendance exclusive à l’impression des journaux, en s’orientant vers des activités à plus forte valeur ajoutée : impression de manuels scolaires et parascolaires, imprimés administratifs, conditionnement et emballage, ou encore produits spécialisés.

Certaines expériences de redéploiement ont déjà montré qu’un changement de modèle est possible, en permettant un rééquilibrage financier et une meilleure exploitation des capacités existantes. Ces exemples sont aujourd’hui présentés comme des références à généraliser.

À l’heure où la presse écrite poursuit son recul et où les habitudes de consommation de l’information évoluent durablement, les sociétés d’impression n’ont plus le luxe d’attendre. L’enjeu est désormais clair : tourner la page d’un modèle hérité, marqué par les dettes et la dépendance aux journaux, pour entrer dans une nouvelle phase fondée sur l’efficacité économique, l’innovation et l’adaptation aux exigences du marché. C’est à ce prix que ces entreprises pourront espérer un nouveau départ crédible et durable.


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