(UA-UE) tenu à Bruxelles en mai 2025 a marqué une étape importante dans la redéfinition des relations géopolitiques en Afrique, notamment autour du dossier sensible du Sahel. Plusieurs dynamiques se sont dessinées, révélant une convergence notable entre l’Algérie et l’Union européenne (UE), des tensions persistantes entre les États du Sahel, ainsi qu’un rôle ambigu de la France. Par ailleurs, la question épineuse du Sahara occidental a éclaté au grand jour, témoignant des fractures régionales et internationales.
La Convergence Algérie-UE sur le Sahel : Comment ?
L’UE a manifesté sa volonté d’adopter une approche globale, combinant soutien aux initiatives de paix, développement économique, et lutte contre le terrorisme. L’Algérie, de son côté, a mis en avant sa connaissance du terrain et sa capacité à agir en partenaire régional incontournable. Ce rapprochement est également motivé par la volonté européenne de trouver des alternatives à une présence militaire directe dans la région, en s’appuyant sur des acteurs locaux fiables.
La Réaction des États du Sahel
Les États du Sahel, notamment le Mali, le Niger et le Burkina Faso, ont accueilli ce nouveau cadre avec une certaine ambivalence. Si certains représentants ont salué l’intérêt de l’UE et d’Alger pour la stabilité régionale, d’autres ont exprimé leurs réserves, craignant une nouvelle forme d’ingérence ou une marginalisation de leurs intérêts souverains.
Ces pays entretiennent des relations complexes avec l’Algérie, oscillant entre coopération sécuritaire et méfiance, d’autant que certains d’entre eux se rapprochent aussi d’alliances alternatives, notamment avec des groupes comme Wagner ou via le Maroc.
Le Soutien de la France à la Diplomatie Algérienne au Sahel
Dans ce contexte, la France joue un rôle paradoxal. Alors que ses relations avec l’Algérie restent tendues, Paris a cependant reconnu la nécessité de collaborer avec Alger pour gérer la crise sécuritaire au Sahel. La visite du ministre français Jean-Noël Barrot à Alger en avril 2025, peu avant le sommet, témoigne d’un effort pour relancer le dialogue bilatéral.
Au sommet, bien que la France n’ait pas mené de rencontre bilatérale directe avec l’Algérie, elle a soutenu la diplomatie algérienne dans la mesure où celle-ci s’inscrit dans un cadre multilatéral visant à stabiliser la région.
Le Sahara Occidental : Entre Exclusion et Contestation
Un des points les plus controversés du sommet a été la gestion de la participation du Sahara occidental (RASD). La France, soutenue par certains pays européens, a exercé des pressions pour exclure ou limiter sa participation officielle.
Malgré cela, la RASD a finalement participé aux débats, soutenue par plusieurs États africains, dont l’Algérie. Cette présence a ravivé les tensions avec le Maroc, qui a dénoncé la participation de la RASD, la qualifiant d’illégitime, et a critiqué ce qu’il perçoit comme un biais dans le cadre du sommet.
Parallèlement, le royaume chérifien a poursuivi son rapprochement avec certains pays du Sahel, notamment les juntes militaires, dans une stratégie visant à contrebalancer l’influence algérienne.
Algérie et Ukraine : Un Basculement ?
La rencontre entre Ahmed Attaf et le ministre ukrainien des Affaires étrangères, bien que symbolique, ne traduit pas un basculement clair de l’Algérie dans le conflit russo-ukrainien. Alger maintient une posture de neutralité, prônant le dialogue et la paix, tout en conservant des liens stratégiques solides avec la Russie.
Cette ouverture diplomatique vers l’Ukraine et l’Europe illustre plutôt une volonté algérienne d’élargir son horizon diplomatique sans pour autant rompre avec ses partenaires historiques, malgré le rôle que joue la Russie près de ces frontières au nord du Mali et en Lybie.
L’Algérie a clairement tiré profit du sommet, renforçant sa visibilité malgré les tentions qui paisent sur ses relations diplomatiques bilatérales avec plusieurs pays.
M. Iouanoughene