En 2025, les primes de l’assurance islamique ont progressé de plus de 70 % dans le pays. Une percée qui contraste avec la faiblesse chronique du secteur assurantiel algérien.
L’Algérie n’est pas le premier pays auquel on pense quand il est question de finance islamique. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis ou le Qatar dominent depuis longtemps ce marché, avec des acteurs structurés et une offre qui couvre l’ensemble des segments, de l’assurance-vie à la réassurance. Pourtant, c’est bien d’Alger que vient aujourd’hui le signal le plus fort.
En 2025, les primes collectées par les opérateurs de takaful -l’assurance conforme aux principes de la charia- ont bondi de plus de 70 %, selon les données du secteur. Le nombre de participants a pratiquement doublé en l’espace d’un an. Dans un pays où l’assurance ne représente que 0,7 % du produit intérieur brut, l’un des ratios les plus faibles de la région, cette accélération ne passe pas inaperçue.
Un cadre juridique clarifié en 2021
Le tournant remonte à février 2021, lorsqu’un décret exécutif a posé les bases réglementaires du takaful en Algérie. Depuis, les compagnies peuvent proposer des produits islamiques soit par l’intermédiaire d’entités dédiées, à l’image d’El-Djazaïr El-Moutahida Family Takaful, soit via des « fenêtres » adossées à des assureurs conventionnels. GAM Assurances a fait ce choix, lançant en 2022, une première offre Takaful général qui répond à une demande longtemps restée sans réponse. L’assureur a poursuivi sur sa lancée en janvier 2026, avec le lancement de « Takafulia Li Taaminat », sa nouvelle enseigne commerciale.
Car le besoin existait. Dans un pays de 45 millions d’habitants, majoritairement musulman et jeune, une partie de la population se tenait à l’écart de l’assurance classique pour des motifs religieux. Le takaful, qui repose sur des mécanismes de solidarité et de partage des risques plutôt que sur la logique du profit, leur offre désormais une alternative. Al Salam Bank a d’ores et déjà intégré ces produits à ses financements immobiliers.
Un rattrapage, pas une révolution
Il serait toutefois prématuré de voir dans cette dynamique l’émergence d’un concurrent aux places du Golfe. Les marchés saoudien ou émirati disposent d’une profondeur sans commune mesure, d’une réassurance islamique structurée et d’une offre diversifiée que l’Algérie est loin de pouvoir proposer. En Afrique même, le Soudan conserve une antériorité historique dans ce domaine.
Ce qui distingue l’Algérie, c’est moins la taille de son marché que la vitesse à laquelle il se développe. Une trajectoire qui retient l’attention des investisseurs et des institutions spécialisées dans la finance islamique, à l’affût de relais de croissance dans une région où les grands marchés arrivent à maturité.
L’enjeu, désormais, est de pérenniser cette dynamique. Le développement de la réassurance islamique, l’intégration des sukuk dans les portefeuilles des fonds de participants et le renforcement de la gouvernance constitueront autant de tests pour un secteur encore balbutiant. L’Algérie n’ambitionne pas de devenir le premier marché du takaful. Elle pourrait en revanche s’imposer comme l’un des plus prometteurs.
















