Frappée à 30% par les tarifs Trump depuis le printemps 2025, Alger se retrouve mécaniquement avantagée par l’arrêt du 20 février 2026 qui ramène tous les pays à un taux universel de 10 à 15%. Un renversement de situation qui ne masque pas la fragilité structurelle des exportations algériennes.
Il y a quelque chose d’ironique dans la séquence. Lorsque Donald Trump avait déclenché, le 2 avril 2025, ce qu’il baptisait lui-même son « Liberation Day » tarifaire, l’Algérie figurait parmi les économies les plus durement frappées de la région méditerranéenne : 30% de droits de douane sur ses exportations vers les États-Unis, contre 10% pour le Maroc et 28% pour la Tunisie. Moins d’un an plus tard, un arrêt de la Cour suprême américaine renverse la table et place paradoxalement Alger dans le camp des bénéficiaires d’une guerre commerciale qu’elle n’a ni voulue ni anticipée.
Un coup de tonnerre juridique à Washington
Le vendredi 20 février 2026 restera une date dans l’histoire du commerce international. Statuant à six voix contre trois, la Cour suprême des États-Unis, sous la présidence de John Roberts, a invalidé l’essentiel de l’arsenal tarifaire de l’administration Trump. Le raisonnement des juges est sans appel : en recourant à l’International Emergency Economic Powers Act de 1977 pour imposer des droits de douane généralisés, le président avait outrepassé ses prérogatives constitutionnelles. L’autorité tarifaire appartient au Congrès, non à l’exécutif. D’un trait de plume, les droits réciproques imposés depuis le printemps 2025, dont les 30% appliqués à l’Algérie, se trouvaient annulés.
La réponse de Trump n’a pas tardé. Quelques heures après l’arrêt, le président américain annonçait un nouveau tarif universel de 10% applicable à l’ensemble de ses partenaires commerciaux, cette fois fondé sur l’article 122 du droit commercial américain, qui lui permet d’imposer jusqu’à 15% de droits de douane pour une durée limitée à 150 jours. Le lendemain, il annonçait son intention de porter ce taux à son niveau légal maximal de 15%. De fait, tous les pays se retrouvent ramenés au même plancher, qu’ils aient été taxés à 10%, 20% ou 30% auparavant.
Ce que l’Algérie gagne concrètement
Pour l’Algérie, le gain tarifaire est mécanique et immédiat. Le passage de 30% vers un plancher de 10 à 15% représente une réduction comprise entre la moitié et les deux tiers des droits de douane applicables à ses produits non-énergétiques sur le marché américain. Ce sont les métaux ferreux-qui représentent 11,7% des exportations algériennes vers les États-Unis- ainsi que les produits chimiques et les engrais (6,5%) qui étaient les plus exposés, les hydrocarbures étant depuis l’origine exemptés de ces droits de douane. Pour ces filières, la nouvelle donne améliore leur compétitivité-prix face à des concurrents qui bénéficiaient hier encore d’un différentiel tarifaire favorable.
Sur le plan des investissements, la présence américaine en Algérie s’est considérablement renforcée ces dernières années. Selon les données officielles, les États-Unis représentent 29% des investissements directs étrangers en Algérie, premier rang devant tous les autres partenaires. Dans le secteur énergétique, Sonatrach et Occidental Petroleum ont signé deux protocoles d’accord en marge du Forum Énergie États-Unis-Algérie 2025, portant sur les réservoirs carbonatés et la récupération assistée du pétrole. ExxonMobil et Chevron sont de leur côté entrés en négociation avancée avec Sonatrach sur les bassins d’Ahnet et Gourara, sans qu’aucun contrat définitif n’ait encore été signé.
Une victoire par défaut aux fondations fragiles
Tebboune lui-même avait relativisé l’impact des surtaxes américaines en juillet 2025, estimant que les exportations algériennes vers ce marché ne représentaient “que 0,5%” du commerce extérieur du pays. Ce chiffre dit tout des limites structurelles de ce gain tarifaire : tant que le pétrole et le gaz constituent plus de 80% des ventes algériennes aux États-Unis, et que ces derniers sont exemptés de toute taxe, le niveau du tarif résiduel sur les produits non-énergétiques n’a qu’un impact marginal sur les recettes globales en devises.
Le nouveau régime tarifaire repose par ailleurs sur une base légale précaire, valable seulement 150 jours, au terme desquels le Congrès devra se prononcer. Pour l’Algérie, la fenêtre d’opportunité reste donc conditionnelle et temporaire. Les exportations hors hydrocarbures vers les États-Unis avaient déjà souffert d’une absence de négociation structurée durant toute la période des 30%, Alger n’ayant ni annoncé de discussions ciblées ni communiqué sur un processus de négociation formalisé, contrairement au Maroc ou à la Tunisie.
C’est précisément pourquoi cette fenêtre, aussi courte soit-elle, représente pour l’Algérie une occasion rare de consolider sa position sur les marchés non-énergétiques américains depuis une posture moins défavorable qu’elle ne l’était il y a encore quelques semaines.
















