Tensions UE-Algérie : les révélations de Thomas Eckert

Entre opportunités manquées et défis réglementaires, l’Ambassadeur de l’UE Thomas Eckert dresse un portrait nuancé des relations commerciales euro-algériennes. Face aux tensions croissantes, il appelle à un dialogue renouvelé pour exploiter le potentiel inexploité de ce partenariat stratégique.

L’Union européenne a récemment initié une procédure de règlement des différends à l’encontre de l’Algérie, contestant plusieurs mesures mises en place depuis 2021 visant à réguler les importations et à stimuler la production locale. Dans un entretien accordé à Berbère Télévision, Thomas Eckert, Ambassadeur de l’Union européenne en Algérie, a apporté des éclaircissements importants sur cette démarche et ses implications pour les relations euro-algériennes.

M. Eckert a d’abord souligné l’importance des liens commerciaux entre l’UE et l’Algérie : « L’Europe demeure le premier partenaire commercial de l’Algérie. Deux tiers des exportations algériennes, principalement des hydrocarbures, sont destinés à l’Europe, tandis qu’un tiers des importations algériennes proviennent de l’Union européenne ». Cependant, il a ajouté que « malgré ces chiffres encourageants, le potentiel de nos échanges commerciaux n’est pas encore pleinement exploité ».

Les mesures contestées par l’UE

Sans entrer dans les détails spécifiques de la procédure, l’ambassadeur a évoqué certaines mesures problématiques. Il a notamment mentionné « un excès de réglementation bureaucratique » et des difficultés d’accès aux financements pour les investisseurs européens.

M. Eckert a illustré ces difficultés par un exemple concret : « J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec un investisseur allemand qui envisageait, il y a deux ans, l’implantation d’une importante usine de composants automobiles. Cependant, le projet s’est heurté à la persistance de la règle du 51/49 dans ce secteur, limitant la participation étrangère à 49% du capital ».

L’ambassadeur a également abordé les conséquences des tensions politiques sur les investissements. « Les investisseurs espagnols, par exemple, hésitent à s’engager en Algérie dans un contexte où leurs investissements risquent d’être gelés », a-t-il expliqué. Et de poursuivre : « À ma connaissance, aucun opérateur espagnol ne mène actuellement de projet d’investissement significatif en Algérie ».

Ces exemples concrets suggèrent que les mesures contestées par l’UE englobent non seulement des restrictions administratives et financières, mais aussi des limitations sectorielles sur les investissements étrangers et des décisions politiques ayant des répercussions économiques.

Dans ce contexte, M. Eckert a insisté sur l’importance de respecter l’accord d’association en vigueur depuis 2005. Il a notamment critiqué la décision de l’Algérie de suspendre les échanges commerciaux avec l’Espagne : « La décision de l’Algérie de bloquer totalement les importations en provenance d’Espagne, représentant un volume annuel d’environ 2 milliards d’euros, est particulièrement préoccupante ». Il a rappelé que « les échanges commerciaux doivent être dissociés des considérations politiques », soulignant que ces mesures contreviennent aux obligations de l’Algérie dans le cadre de l’accord d’association.

Vers une résolution négociée ?

Malgré l’initiation de la procédure de règlement des différends, l’ambassadeur a laissé la porte ouverte à une résolution négociée. Il a souligné la nécessité de « s’engager dans un dialogue constructif » et de « négocier conjointement pour surmonter ces barrières protectionnistes » afin d’éviter une escalade qui « serait préjudiciable pour les deux parties ». Cette approche suggère que l’UE est disposée à un dialogue constructif pour résoudre les points de désaccord.

Perspectives d’avenir et recommandations

Malgré ces défis, l’ambassadeur a souligné les atouts de l’Algérie pour attirer les investissements européens : « La région dispose d’une population jeune, dynamique et de plus en plus qualifiée. L’Algérie, avec son marché de 45 millions de consommateurs, offre des opportunités significatives. Nous voyons également un potentiel important dans des secteurs comme les énergies renouvelables, notamment l’hydrogène vert. »

Pour favoriser les investissements, M. Eckert a formulé plusieurs recommandations : « Il est crucial de simplifier les procédures administratives, d’assurer une plus grande stabilité réglementaire, et de renforcer la protection juridique des investissements. De plus, une intégration économique régionale plus poussée en Afrique du Nord rendrait la région encore plus attractive pour les investisseurs européens. »

L’ambassadeur a conclu en appelant à un dialogue renouvelé : « Nous devons nous engager dans un dialogue constructif et négocier conjointement pour surmonter ces barrières. Une approche collaborative bénéficierait tant à l’UE qu’à l’Algérie et à l’ensemble de la région nord-africaine. »

La procédure de règlement des différends pourrait donc être l’occasion pour les parties de redéfinir leurs relations économiques, en tenant compte des impératifs de développement économique et de diversification industrielle de l’Algérie, tout en respectant les engagements pris dans le cadre de l’accord d’association avec l’UE.

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