Von der Leyen veut ignorer le droit international : Pedro Sánchez et António Costa la désavouent, et le Parlement européen la contraint à reculer.
L’Union européenne a traversé, entre le 9 et le 11 mars 2026, l’une des plus sérieuses crises doctrinales de son histoire récente à la suite des déclarations très “trumpiennes” d’Ursula von der Leyen affichant un mépris total du droit international.
La présidente de la Commission européenne n’y est pas allée de main morte le lundi 9 mars devant les ambassadeurs de l’Union européenne, prônant sur un mode martial de ne plus s’embarrasser du droit international. Une rupture sans précédent vis-à-vis des traités de l’Union européenne. « Nous ne pouvons plus nous fier au système fondé sur des règles comme unique moyen de défendre nos intérêts, ni supposer que ses règles nous protégeront des menaces complexes auxquelles nous sommes confrontés. »
Certains y ont vu, outre un alignement servile sur l’arrogance de Trump, le retour glaçant d’un certain esprit allemand défendant une vision du monde où la force l’emportait sur la norme. Cette sortie de route avec des formules choc a suscité des réactions immédiates de l’Espagnol Pedro Sánchez et du président du Conseil européen António Costa, qui n’ont pas du tout apprécié de voir la présidente de la Commission européenne jouer à la trompette trumpienne.
Il est vrai que le glissement n’est pas que sémantique. Cette posture de « satellite trumpienne » suggérait que l’Europe devait désormais agir par la force et l’opportunisme géopolitique, au mépris des cadres de l’ONU.
Sánchez et Da Costa à la parade
La réaction a été d’une rare vigueur, menée par Pedro Sánchez érigé en garant de l’orthodoxie européenne. Sa réplique, factuelle et morale, a servi de socle au mécontentement européen : « Le monde change, mais les valeurs et les principes de l’Europe ne doivent pas changer. On ne résout pas la situation d’instabilité au Moyen-Orient avec une illégalité aussi flagrante. »
Il a été rejoint par António Costa, rappelant que l’unilatéralisme était une impasse. Ensemble, ils ont dénoncé une Commission qui s’octroyait un mandat régalien indu, piétinant les prérogatives de la Haute Représentante, Kaja Kallas, dont le rôle est précisément de porter la voix diplomatique de l’Union dans le respect du droit international.
Le journal espagnol El Pais a réagi avec sévérité: “La présidente de la Commission européenne commet une erreur colossale en renonçant à l’ordre mondial, raison même de l’existence de l’UE.” Pour le journal, cela est d’autant plus choquant que ces propos “ne viennent pas d’un dangereux gauchiste, ni d’un extrémiste de droite, ni même du charlatan Trump , malgré le fait que la stratégie de sécurité américaine aille précisément dans ce sens. Ils viennent de la présidente de la Commission européenne, la gardienne des traités.”
Même dans une Allemagne, outrageusement alignée sur les génocidaires de Tel-Aviv, les médias expriment de l’embarras. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung estime que Von der Leyen a commis l’erreur d’oublier que « l’armure de l’Union est faite de papier : celui des traités ». L’hebdomadaire Der Spiegel évoque carrément une « présidente sous tutelle », notant que le centre de gravité de la diplomatie européenne a glissé vers le Sud. La Süddeutsche Zeitung conclut avec amertume que ce passage en force raté a « brisé le tabou qui permet à l’UE d’exister moralement », entraînant une humiliation qui fragilise durablement l’influence allemande à Bruxelles.
Rétropédalage
Le mercredi 11 mars, l’ambiance au Parlement européen était celle d’un tribunal. Face au tollé, Ursula von der Leyen a dû opérer une volte-face spectaculaire. L’accueil était glacial, les applaudissements rares. Le ton était à la défiance.
Von der Leyen n’avait pas d’autre choix que de battre sa coulpe : « L’Union européenne a été fondée comme un projet de paix. […] Nous défendrons toujours les principes des Nations Unies et le droit international », a-t-elle déclaré, contredisant point par point ses propos de lundi. Contrainte de reculer d’un pas de la loi de la jungle.
















