Trump, Neghza, réserves  : la semaine compliquée d’El Mouradia

Trump, Neghza, réserves  : la semaine compliquée d’El Mouradia

La semaine a été rude au palais présidentiel d’El Mouradia. Trois mauvaises nouvelles. Alerte implicite sur les réserves de change sans doute en baisse rapide les derniers six mois. Donald Trump a envoyé un courrier stressant. Un des fils de Saïda Neghza, a diffusé une vidéo à charge. La question ici est de savoir lesquelles de ces trois mauvaises nouvelles pouvaient être évitées. Sans doute pas la décision du président américain d’imposer une taxe de 30% aux exportations algériennes vers les États-Unis.

Trump n’en fait qu’à sa tête. L’Algérie a exporté pour environ 3,15 milliards de dollars  vers les États-Unis en 2023. Moins de 10 % des exportations cette année-là. Les produits sidérurgiques, le ciment et les engrais. Les pneumatiques et les dattes, notamment, vont en pâtir. Riposter par un tarif douanier équivalent ou pas ? Le gouvernement devra arbitrer.

La tonalité bienveillante adoptée à l’égard de Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche ne laisse pas beaucoup de doutes sur l’attitude d’Alger. D’autant que la menace est claire du président-Sheriff  à la gâchette facile ;  si si l’Algérie s’aligne sur le tarif américain, il y aura 30% de taxes douanières de plus à nouveau imposées aux importations algériennes aux États-Unis. La marge de négociation paraît étroite d’ici au premier août prochain.

Tosialy Algérie ou Asmidal ne peuvent pas aller s’installer aux États-Unis pour y produire ce qu’ils exportent, ce qu’ils exportent là-bas. Ils devront comme la plupart des fournisseurs des États-Unis, ailleurs dans le monde, se chercher de nouveau débouchés. Cela peut impacter la balance commerciale du pays en 2026.

Cette crispation sur les perspectives des exportations hors hydrocarbures, même si elle peut être relativement marginale, arrive au mauvais moment. Les réserves de change semblent en recul rapide  en 2025. Deux agences de presse africaines ont relayé  un chiffre alarmant de baisse de plus de 10  milliards de dollars pour un passage en dessous des 40 milliards. Ce serait bien la seconde mauvaise nouvelle de la semaine.  Elle n’a pas pu être confirmée auprès de la banque d’Algérie, la source première de la publication, citée par les agences. Elle n’a pas été démentie non plus. Entre fausse nouvelle et dépublication en urgence par la banque d’Algérie de cette information, la discussion pourrait tourner court car un signal est vite arrivé  montrant que  la tendance est anxiogène.

L’ABEF a  notifié  aux banques  une instruction interdisant la domiciliation ou la pré-domiciliation de toute opération d’importation  sans visa préalable du ministère du Commerce. C’est un nouveau coup de froid sur les importations du pays. L’appréciable excédent de la balance de paiements  de 2022 de 11,8 milliards de dollars paraît aujourd’hui lointain. Son solde, encore à l’équilibre en 2024, est entrain de plonger en territoire de déficit en 2025. Le pari des exportations hors hydrocarbures à 10 milliards de dollars s’étant éloigné, la variable d’ajustement demeure toujours la même : le volume des importations. Avec ce que cela comporte comme risque pour la croissance économique comme cela a été le cas en 2020 et 2021.

La modération persistante des volumes d’exportation d’hydrocarbures du pays l’empêche de beaucoup profiter des effets prix liés aux crises géopolitiques. L’Algérie semble s’installer dans un tunnel à  40 milliards de dollars de revenus en moyenne annuel pour ses revenus énergétiques. La fiscalité pétrolière ne suffira plus pour financer les déficits grandissant du budget, désormais supérieurs à 10% du PIB.

Tout comme la surtaxe de Trump, le glissement vers un déficit durable de la balance des paiements parait encore soutenable sur le court terme des 3 ans. Au-delà est un autre récit. En réalité, des trois mauvaises nouvelles de la semaine, c’est celle-ci qui était évitable. La vidéo à charges de Amokrane Azzouza, fils de Saida Neghza est une Réaction émotionnelle à l’incarcération choquante de sa mère, présidente de l’organisation patronale  CGEA de 2006 à 2024 et candidate à l’élection présidentielle de septembre 2025. Au-delà des attaques directes qu’elle porte au président,  à son entourage, et au CREA,  elle  donne une description chaotique de la stratégie économique en cours. El Mouradia est  attaqué pour avoir « cassé l’économie algérienne en cassant les entreprises ».

Bien sûr le discours officiel ne se cache pas d’avoir démantelé l’ancien capitalisme de copinage de l’ère Bouteflika. Ce sont les effets collatéraux  de ce démantèlement qui sont pointés aujourd’hui. A entendre le  fils de Saida  Neghza, il aurait fini par paralyser l’économie. De nombreux chefs d’entreprise le disaient en privé : « Nous ne pouvons pas prêts à  investir dans un tel contexte anxiogène et judiciairement dangereux ». La peur du mandat de dépôt ne va pas pour autant rendre ce débat public. En particulier dans une conjoncture ou les droits syndicaux sont également bafoués avec l’incarcération de Lounis Saidi, secrétaire général du syndicat de la SNTF.

Reste qu’à l’inverse de Trump et des réserves de change, l’incendie polémiste  déclenché par l’incarcération de Saida Neghza était évitable . Le respect des libertés syndicales et de la liberté d’expression n’ont certes pas d’incidence directe sur le délire de Donald Trump, ni sur l’évolution des réserves de change dans le court terme. Ce respect peut  cependant sauver la face à la constitution algérienne, sans doute la plus malmenée depuis février 1989. Et c’est déjà le premier point de départ pour un bon climat des affaires, un ralentissement de l’exil des talents, et une montée des exportations hors hydrocarbures.

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