L’année commence avec une gifle statistique et un signal technologique. La Chine a clos 2025 sur un excédent commercial record d’environ 1 200 milliards de dollars, en hausse de 20 %, malgré les tarifs et le durcissement américain. Et, lors du récent CES de Las Vegas, le salon où se fabrique l’imaginaire du futur, ses champions de la tech ont fait très fort : IA embarquée, robotique, objets autonomes. La Chine est une puissance industrielle qui résiste au confinement de Trump, doublée d’un géant de l’innovation qui a rattrapé, parfois dépassé, ses concurrents. Tout le problème du monde d’aujourd’hui est là. La puissance montante de la Chine est devenue le paramètre stratégique central de la politique américaine sous Trump, à la manière dont l’était l’URSS il y a encore moins d’un demi-siècle. Le problème ? Démonter le monde pour stopper l’ascension de la Chine est un coût assumé par Donald Trump 2.0.
Un confinement qui dérègle tout
Dans ce contexte, l’idée trumpienne de réduire l’accès aux ressources naturelles à la Chine, au prix d’un abandon du droit international, est un saut dans l’inconnu. De même, son esquisse d’une sorte de « Reverse Kissinger » — céder du lest en Europe pour détacher Moscou de Pékin, à l’inverse de Kissinger en 1972 tentant de détacher la Chine de l’URSS — ressemble à une stratégie chimérique à très longue détente, à temporalité quasi géologique. Son pari : réordonner l’Eurasie pour ensuite freiner la Chine. Inconvénient : contenter la Russie dans le Donbass ukrainien mécontente l’allié européen et redistribue les cartes, y compris au profit de la Chine, dont les exportations ont progressé de 8 % vers l’UE en 2025. Le monde ne suspend pas ses crises en attendant que les plaques tectoniques bougent.
La méthode choisie pour ralentir la Chine est « crisogène ». Explosive sur le court terme. Mettre la pression sur l’Iran, faire un Katanga du Groenland, prendre en otage le Venezuela, généraliser le protectionnisme : chaque dossier est présenté comme un coup isolé, mais l’addition distille une manœuvre systémique. La géopolitique est en train de devenir un théâtre de coercition où les ressources, les routes arctiques, les détroits et les sanctions servent de monnaie. Ce que montre une année de cette recette, c’est que le plus probable n’est pas un « confinement » propre de la Chine, mais d’abord un monde plus fragmenté, plus cher, plus dangereux, où les chaînes d’approvisionnement intègrent l’instabilité comme coût permanent.
La mondialisation se venge
Le paradoxe est là : la montée en puissance chinoise, depuis quarante-cinq ans, doit beaucoup à la mondialisation néolibérale née après la révolution conservatrice Reagan-Thatcher — dérégulation, délocalisation, financiarisation, chaînes globales, culte de la compétitivité. En cassant aujourd’hui les codes de cette mondialisation (protectionnisme, néo-mercantilisme, course aux ressources), les États-Unis diluent aussi l’ordre qu’ils ont prêché, administré et monétisé, avant d’entrevoir la confection d’un autre, forcément controversé.
Surtout, la Chine a appris à respirer ailleurs. Elle a anticipé l’émergence multipolaire avec l’espace BRICS. La baisse des exportations vers les États-Unis n’a pas empêché Pékin de compenser via d’autres débouchés, notamment en renforçant ses liens commerciaux avec l’ASEAN, l’Afrique et l’Europe. Elle diversifie ses approvisionnements, multiplie les partenariats, consolide ses positions industrielles, tout en maintenant une dynamique d’innovation qui n’est plus seulement « copie », mais montée en gamme et intégration.
C’est ici que le slogan devient diagnostic : Trump cassera le monde plus facilement qu’il ne stoppera la Chine. Il n’est pas dit, heureusement, qu’il en aura la latitude. Le coût du chaos est erratique. Il se diffuse en boomerang aussi. La conjoncture américaine ne rassure pas la FED, qui refuse de baisser encore son taux directeur pour cause de pressions inflationnistes. Les tarifs douaniers ont fini par agir comme une taxe intérieure, avec un effet sur les prix observé en 2025. Trump veut faire payer Pékin et réindustrialiser, mais a commencé par faire payer sa propre société — et, au passage, aussi ses alliés européens, éparpillés sur la route : dossiers de l’Ukraine et maintenant du Groenland. Le projet trumpien de confiner la Chine par la force va coûter très cher à la planète. Lui et son cercle n’en ont cure. Il faudra donc que ceux qui l’ont ramené au Bureau ovale, les électeurs américains, s’occupent de le confiner. Dès novembre prochain.
















