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Internationale

Un bras de fer boursier exemplaire aux Pays-Bas [Le BLOG ECO]

Par Oussama Nadjib 15 mai 2017

Les intérêts des fonds spéculatifs et ceux d’une entreprise ne font pas souvent bon ménage. Illustration avec le bras de fer boursier qui se déroule aux Pays-Bas, objet de la chronique d’Akram Belkaïd.

 

C’est une affaire qui rappelle les grandes batailles boursières des années 1990 mais, cette fois, dans un contexte politique différent. Résumons le dossier : Depuis plusieurs mois, le groupe américain PPG Industries tente en vain de fusionner, de manière amicale, avec Akzo Nobel, son concurrent néerlandais spécialisé dans la chimie et les peintures.

  Au début de cette semaine, la troisième offre consécutive de PPG, d’un montant de 26,9 milliards d’euros, a été repoussée par les dirigeants d’Akzo qui ont rappelé une nouvelle fois leur volonté de maintenir l’indépendance de leur société tout en insistant sur le fait que la valeur de cette dernière est sous-évaluée par l’offre de PPG.

 OPA hostile en vue

 Désormais, PPG n’a plus d’autre choix que de lancer une Offre publique d’achat (OPA) hostile sur le groupe néerlandais. Cela ne pourra pas intervenir avant le 1er juin prochain mais, d’ici là, ce ne sera pas l’accalmie. En effet, des actionnaires d’Akzo critiquent le refus des dirigeants de cette multinationale et entendent forcer leur départ par le biais d’une Assemblée générale extraordinaire.

 Plusieurs investisseurs institutionnels qui détiennent ensemble 10% du capital de la compagnie reprochent ainsi au PDG Antony Burgmans d’aller à l’encontre des intérêts de l’entreprise et des actionnaires. Ce dernier affirme le contraire et se dit engagé à «créer de la croissance et de la valeur sur le long terme.»

 Croissance et valeur… On retrouve-là les mots chers aux marchés. Croissance des profits et valeur pour les actionnaires : cette affaire résume ainsi les exigences continues des investisseurs à l’égard d’une entreprise. Refuser une fusion qui pourrait doper le cours de Bourse et améliorer les bénéfices (notamment par la réduction de la masse salariale), est donc pour eux inacceptable.

 A titre d’exemple, Elliot Advisors, un fonds spéculatif qui détient 3,25% du capital d’Akzo Nobel entend que cette fusion se réalise. Il intente une action en justice contre Antony Burgmans l’accusant de ne pas respecter « les principes reconnus de bonne gouvernance d’entreprise. »

 On a du mal à imaginer un tel fond préoccupé par l’avenir à long terme d’Akzo Nobel. Son objectif, la fameuse création de valeur, est de faire en sorte que le cours boursier s’apprécie afin de permettre une plus-value conséquence. C’est là l’objectif connu des fonds spéculatifs. Et la montée au créneau de ce fonds illustre aussi l’activisme dont sont capables des actionnaires dont la stratégie ne coïncide pas forcément avec les intérêts de l’entreprise.

  Elliott Advisors obtiendra peut-être l’organisation d’une AG extraordinaire mais, comme elle ne pourra pas se tenir avant le 1er juin, il faudra que PPG attende d’ici là et suspende son OPA hostile. Dans le même temps, rien ne dit qu’un remplacement d’Antony Burgmans change la donne, son remplaçant étant capable de continuer à s’opposer à la fusion.

 

Tensions politiques

 

Cette bataille boursière intervient par ailleurs dans un contexte largement différent de celui des années 1990. Le gouvernement néerlandais est, lui aussi, opposé à l’idée qu’Azko Nobel puisse passer sous le contrôle d’un groupe étranger.

 La montée en force des mouvements populistes et protectionnistes n’est pas pour rien dans cette attitude. Partout en Europe, la nécessité de défendre les champions nationaux est en train de s’imposer y compris dans des pays comme les Pays-Bas qui figurent parmi les fers de lance de la mondialisation et de l’ouverture commerciale.

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