Un vendredi à Béjaïa entre semi-marathon et Hirak (Reportage)

Un vendredi à Béjaïa entre semi-marathon et Hirak (Reportage)

Béjaïa avait rendez-vous, vendredi, avec la 14eme édition de son semi-marathon qui devait avoir lieu en mai mais qui a été reportée pour cause de Hirak.

L’édition a finalement eu lieu, six mois plus tard, avec le Hirak dont la durabilité se confirme avec éclat. Les organisateurs du semi-marathon tenaient à leur édition 2019, malgré les difficultés financières. Les sponsors se font rares. Ceux qui avaient l’habitude de soutenir l’événement, comme Ifri et Cevital, sont de moins en moins en mesure de le faire. Et pour cause, comme toutes les entreprises, elles sont confrontées aux difficultés liées à la situation politique du pays.

Cevital encore plus que les autres en raison de l’incarcération de son propriétaire, Issaad Rebrab, depuis plusieurs mois. 

En début d’après-midi, le décor change. Totalement. Le marathon du hirak entamait sa 35ème marche depuis le 22 février avec des dizaines  de milliers de citoyennes et de citoyens en coureurs civiques de fond. Une longue procession qui s’étale de la maison de la culture de Béjaïa à la place Gueydon. Aucun uniforme n’était visible tout le long du trajet. Même les policiers chargés de la circulation, habituellement présents aux intersections importantes, n’étaient plus à leurs postes. Pas même les agents de la protection civile. Des ambulances des services de santé publique assurent la couverture, à côté de bénévoles du Croissant Rouge Algérie. 

La tension permanente à Alger les jours de Hirak en raison de la très forte présence policière, sur terre et même dans les airs avec le tournoiement incessant de l’hélico, n’est pas de mise ici. Les manifestants bien organisés en carrés, occupent la totalité des deux voies. Tout le contraire d’Alger, particulièrement à rue Didouche Mourad, ou même les trottoirs ombragés sont inaccessibles en raison des camions de police collés et où la voie est rétrécie par des véhicules et des policiers anti-émeute.

Les mots ordres, l’ambiance festive et détermination

Les mots d’ordre sont ceux d’Alger et des autres villes d’Algérie avec cette particularité pour quelques-uns, le maintien de l’air et le changement des paroles en kabyle. Des chansons datant de la guerre de libération et chantées par les femmes font également partie du répertoire très varié du Hirak bougiote. Ce vendredi, les mots d’ordre les plus chantés sont ceux liés au vote – au classique “makach intikhabat”, les manifestants ont ajouté “machi bhadth tarika” –  et à la libération des détenus d’opinion. Les portraits de certains détenus, arrêtés dans d’autres wilayas et principalement à Alger pour port de l’emblème amazigh figurent sur des tee shirts et des banderoles en bâche, bien imprimés et biens réalisés. Ils côtoient ceux de Tabbou, Boumala, Bouregaa et Belarbi..Il y a nettement plus de banderoles qu’à Alger. Chaque carré a la sienne. L’une d’elles avise les décideurs qu’ils ne diviseront jamais les Algériens, ni par la langue, ni par le drapeau. Et ni par la religion, dans une référence aux fermetures récentes d’églises protestantes en Kabylie et notamment à Béjaïa.  Une pancarte le rappelle :  “la cause”  est le pays.

Le recours aux porte-voix et à la sono est également à signaler, beaucoup plus important qu’à Alger ainsi qu’aux tambours utilisés dans les fanfares. Ils rappellent ceux utilisés par les sections de scouts.

Le drapeau amazigh à côté du drapeau national sans crainte 

L’emblème amazigh est omniprésent et dans tous les formats. Il n’est pas seulement porté. Il recouvre même une poussette de bébé endormi. Il est vendu, aussi bien dans des boutiques que chez des vendeurs dans la rue comme cela se faisait à Alger avant sa “criminalisation” par le pouvoir. Il côtoie l’emblème national et le drapeau palestinien, qu’on ne voit plus que très furtivement à Alger. A Béjaïa, on pouvait voir hier, même un drapeau cubain, avec l’effigie de Che Guevara.

L’absurdité de la manœuvre autour de l’emblème amazigh, présenté comme une “atteinte à l’unité nationale” – argument rejeté à bon droit par plusieurs juges – est évidente. Les wilayas de Tizi Ouzou, Bejaia ou Bouira portent librement cet emblème et elles font bien partie intégrante de ce pays et les lois qui y sont appliquées sont celles de la République Algérienne.

La présence imposante des forces de sécurité dans et autour d’Alger à chaque manifestation du Hirak, les arrestations multiples qu’a connu la capitale (la majorité des mandats de dépôt concernent des militants et activistes à Alger), en raison de l’emblème amazighs ou pour d’autres chefs d’accusation comme l’appel à attroupements, révèlent surtout l’importance obsessionnelle que semble revêtir la capitale aux yeux des autorités.

Une véritable “bataille d’Alger” est engagée entre le pouvoir et les Hirakistes. Même les manifestants y font référence avec le chant, déjà culte, qui fait référence à la figure emblématique de la Bataille d’Alger “Ali Ammar, dit Ali la Pointe”. Un chant repris dans les autres villes du pays.

Autre référence à ce haut fait historique : le concert de pilons et de youyous qui a marqué plusieurs quartiers de la capitale. Le puissant regain de mobilisation du Hirak à Alger a un réel impact dans le reste du pays. Le Hirak va très certainement s’amplifier à l’approche du vendredi 1er novembre. Le mouvement populaire va rencontrer, une fois de plus, comme le 5 juillet dernier, le souffle de l’histoire. Une histoire à accomplir par la démocratie et l’Etat de droit comme l’exige le slogan : “Echâab yourid El istiqlal”.

Abdenour Haouati

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