Dans un entretien accordé à CNBC Arabia, le président du Fonds international de développement agricole (FIDA) a rappelé qu’une personne sur dix dans le monde souffre d’insécurité alimentaire, soit près de 750 millions de personnes. Le dirigeant regrette que cette question ait disparu de l’agenda international.
Une personne sur dix dans le monde souffre d’insécurité alimentaire. Un chiffre qui n’a pourtant pas suffi à placer la question en haut de l’agenda international. “Les discussions mondiales se concentrent sur la technologie, le commerce et les conflits”, a regretté Álvaro Lario, président du FIDA, dans un entretien accordé à CNBC Arabia.
Le président du FIDA a pointé ce désintérêt croissant de la communauté internationale. “L’accent excessif mis sur l’inflation, la technologie et les intérêts nationaux se fait au détriment de centaines de millions de personnes marginalisées”, a-t-il déploré.
Il a rappelé le lien étroit entre conflits et insécurité alimentaire, chacun alimentant l’autre. “Le monde connaît une crise alimentaire environ tous les dix ans”, a rappelé Álvaro Lario, soulignant la pertinence de la vision fondatrice du FIDA, créé en 1977 avec le soutien des États du Golfe à la suite d’une crise alimentaire mondiale. Le Fonds célébrera l’année prochaine son cinquantième anniversaire.
Les infrastructures, principal goulot d’étranglement
Même les pays qui parviennent à l’autosuffisance se heurtent à des obstacles structurels. Les contraintes réglementaires et la faiblesse des infrastructures limitent leur capacité à exporter les surplus vers les pays voisins. Des quantités considérables de produits agricoles finissent gaspillées ou détériorées. “L’amélioration de la connectivité logistique et commerciale est essentielle”, a souligné Álvaro Lario. Sans opportunités économiques viables, ces populations risquent la migration forcée.
Certaines régions enregistrent néanmoins des progrès, en particulier en Asie du Sud. La guerre en Ukraine et les chocs géopolitiques, notamment au Soudan, ont aussi poussé de nombreux dirigeants africains à repenser leurs stratégies. La souveraineté alimentaire est désormais perçue comme une composante de la sécurité nationale. L’Éthiopie a ainsi réussi pour la première fois depuis des décennies à atteindre l’autosuffisance en blé.
Miser sur les petits agriculteurs
La vision du FIDA repose sur l’investissement dans les petits agriculteurs, qui représentent des centaines de millions de personnes dans le monde. Le Fonds intervient dans les zones rurales les plus reculées et les pays les moins avancés. “Le financement est disponible pour les projets de moyenne et grande envergure, mais le véritable défi réside dans le financement des petits exploitants”, a insisté Álvaro Lario.
En matière de financement, le FIDA émet des obligations dans lesquelles investissent des fonds de pension internationaux. Cela permet de relier les capitaux mondiaux à la phase du “premier kilomètre”, la plus difficile pour les petits agriculteurs. Le FIDA a émis l’année dernière pour un milliard de dollars d’obligations durables : obligations nutritionnelles, vertes, bleues, liées aux objectifs de développement durable et à la gouvernance environnementale et sociale.
Les évaluations d’impact montrent que ces investissements ont permis d’augmenter les revenus des petits agriculteurs d’environ 35%, d’accroître la production dans les mêmes proportions, et d’améliorer l’accès aux marchés de près de 34%. “Ces résultats produisent un changement réel dans la vie des communautés rurales”, a conclu Álvaro Lario. Les ménages peuvent obtenir un revenu durable, constituer une épargne et jouir d’un niveau de vie décent.
Le Golfe et les technologies modernes comme leviers
Le FIDA entretient des relations étroites avec les pays du Golfe et leurs fonds de développement, notamment à travers des cofinancements dans plusieurs pays d’Afrique du Nord et de l’Est. Le président du FIDA a également évoqué le rôle que peuvent jouer les fonds souverains, par l’investissement dans de grands projets agricoles ou l’acquisition de terres. L’objectif du FIDA est de relier ces grands investissements aux activités agricoles locales, avec un impact direct sur les moyens de subsistance des petits exploitants.
Álvaro Lario a cité l’exemple des Émirats arabes unis, qui ont fait de l’agriculture une activité économique viable en utilisant moins de 1% des terres arables, grâce à l’hydroponie, l’aéroponie et aux technologies modernes. “Ce modèle reste absent dans de nombreux pays les moins développés”, a-t-il regretté.
















