Visas étudiants : l’Algérie pénalisée, le Maroc favorisé dans la course aux universités françaises

Visas étudiants : l’Algérie pénalisée, le Maroc favorisé dans la course aux universités françaises
Des centaines d’étudiants algériens admis en master ou doctorat restent dans l’incertitude face aux blocages de visas.

Pendant que 43 000 étudiants marocains s’installent dans les universités françaises, leurs voisins algériens multiplient les recours contre des refus de visa. Entre Alger et Paris, la jeunesse paie le prix d’une diplomatie en berne.

Engagée depuis 2021, la crise entre Alger et Paris continue de peser lourdement sur les relations bilatérales. Au-delà des déclarations politiques, c’est désormais la jeunesse algérienne qui paie le prix des tensions diplomatiques. En 2024, la France a enregistré près de 3,5 millions de demandes de visas, dont 578 000 ont été rejetées, soit un taux de refus global de 16 %, supérieur à la moyenne européenne de 9,8 %. Cette situation contraste avec le traitement réservé aux voisins marocains et tunisiens, révélant des disparités qui impactent directement l’avenir académique de milliers de jeunes.

Malgré une progression de 10% sur cinq ans du nombre d’étudiants algériens inscrits dans l’enseignement supérieur français – soit 34 269 en 2024 – cette dynamique se heurte à un durcissement administratif sans précédent. Les consulats français en Algérie accumulent les dossiers en attente, laissant des centaines d’étudiants admis en master ou doctorat dans l’incertitude à quelques semaines de la rentrée universitaire. Cette lenteur administrative compromet non seulement leurs projets académiques, mais risque également de leur faire perdre leurs bourses d’études.

Le Maroc, premier bénéficiaire de la mobilité francophone

La comparaison avec les étudiants marocains révèle l’ampleur du décrochage algérien. En 2024, la France a accueilli 43 000 étudiants marocains, représentant le premier contingent africain et le deuxième mondial après la Chine. Leur taux de refus de visa étudiant est estimé à 11 %, soit nettement inférieur à celui des Algériens.

Cette différence de traitement est tout sauf accidentelle. Les étudiants marocains bénéficient de démarches administratives accélérées, de conventions bilatérales plus nombreuses et d’un climat diplomatique apaisé. Les guichets consulaires français au Maroc fonctionnent avec une fluidité que ne connaissent pas les demandeurs algériens, confrontés à des procédures opaques et des délais imprévisibles.

Tandis que le nombre d’étudiants marocains en France continue de croître, la mobilité algérienne, elle, s’essouffle et pourrait même reculer si les tensions se prolongent. Dans le même temps, les universités marocaines attirent davantage de financements et multiplient les partenariats francophones.

La Tunisie maintient le cap malgré les turbulences régionales

Avec 13 700 étudiants tunisiens inscrits en France en 2024, la Tunisie occupe une position intermédiaire mais stable. Son taux de refus de visa étudiant, autour de 9 %, reste aligné sur la moyenne européenne, témoignant d’une coopération universitaire préservée des soubresauts politiques.

Cette stabilité tunisienne contraste avec la détérioration de la situation algérienne. Les universités tunisiennes entretiennent des partenariats durables avec leurs homologues françaises, permettant à leurs étudiants de bénéficier de procédures simplifiées et de délais respectés. La progression régulière de la mobilité tunisienne démontre qu’une coopération académique efficace reste possible, même en période de tensions géopolitiques.

Un accès inégal aux bourses françaises

La France distribue environ 20 000 bourses par an à l’ensemble des étudiants étrangers dans le monde. Mais la part destinée au Maghreb est limitée et semble se réorienter de plus en plus vers les étudiants marocains et tunisiens, pénalisant mécaniquement les candidats algériens. Cette redistribution involontaire des opportunités académiques pourrait avoir des conséquences durables sur la formation des élites algériennes.

À terme, elle alimente aussi une fuite des cerveaux vers d’autres systèmes universitaires concurrents : l’Algérie perd ses talents, tandis que la France se prive d’étudiants qui ont longtemps contribué au rayonnement de son enseignement supérieur et de son économie de la connaissance.

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