L’augmentation des prix des carburants, entrée en vigueur par surprise le 1er janvier, a ravivé la grogne des automobilistes et relancé inévitablement un procès en « vie chère ». Mais au-delà du signal politique, la question qui compte pour un ménage est plus concrète: combien pèse réellement le carburant dans le budget mensuel ?
Pour y voir clair, Maghreb Emergent a généré un comparatif simple, avec des sources fiables, qui permet de dépasser le seul prix affiché à la pompe et de regarder l’ »effort » demandé, rapporté au revenu moyen.
Un plein rapporté au salaire
La méthode retenue repose sur deux repères faciles à comprendre: le coût d’un plein standard de 50 litres et la dépense pour 1 000 km, en supposant une consommation moyenne de 7 L/100 km (soit 70 litres). Les prix de l’essence sont exprimés en USD par litre et comparés à un salaire mensuel net moyen (après impôts) également en USD, afin de construire un ratio homogène entre pays.
Dans ce cadre, l’Algérie affiche un prix d’environ 0,36 USD/L. Un plein de 50 litres revient ainsi à 18 USD, soit près de 5,75% d’un salaire net mensuel moyen estimé à 313,14 USD. Sur 1 000 km, la dépense carburant atteint 25,2 USD, ce qui représente environ 8,05% du salaire mensuel.
Le contraste avec la France est éclairant. Le litre y est bien plus cher (environ 1,92 USD/L), mais le plein (96 USD) ne pèse qu’environ 3,33% d’un salaire net mensuel moyen proche de 2 879,82 USD, ce qui place l’effort sous la barre des 4%. Pour 1 000 km, la facture grimpe à 134,4 USD, soit environ 4,67% du salaire mensuel.
Le Maroc ressort comme le cas le plus contraignant: autour de 1,32 USD/L, un plein (66 USD) représente environ 13,46% d’un salaire net moyen estimé à 490,44 USD. À 1 000 km, l’effort atteint près de 18,84%. L’Irak, pays producteur de pétrole, se rapproche de l’Algérie en effort relatif: à environ 0,649 USD/L, le plein (32,45 USD) pèse autour de 5,77% d’un salaire net moyen estimé à 561,98 USD, et 1 000 km environ 8,08%.
| Pays | Prix essence (USD/L) | Salaire net mensuel moyen (USD) | Plein 50 L (USD) | Plein / salaire (%) | 1 000 km (70 L) (USD) | 1 000 km / salaire (%) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Algérie | 0.36 | 313.14 | 18.00 | 5.75% | 25.20 | 8.05% |
| France | 1.92 | 2 879.82 | 96.00 | 3.33% | 134.40 | 4.67% |
| Maroc | 1.32 | 490.44 | 66.00 | 13.46% | 92.40 | 18.84% |
| Irak | 0.649 | 561.98 | 32.45 | 5.77% | 45.43 | 8.08% |
Le « prix ressenti », une histoire de revenus
Pourquoi, dès lors, le carburant « passe mal » en Algérie, y compris lorsque le litre paraît bas en comparaison internationale ? Parce que le déterminant décisif n’est pas seulement le prix nominal, mais la faiblesse du revenu de référence: avec un salaire mensuel net moyen estimé autour de 313 USD, la moindre hausse se traduit vite par une ponction visible sur les dépenses courantes.
Autrement dit, le consommateur juge moins un prix que l’effort qu’il représente. Et sur ce terrain, l’Algérie se retrouve plus proche de pays où l’énergie peut être bon marché mais où le pouvoir d’achat ne suit pas, que d’économies à revenu élevé où le carburant, même cher, reste proportionnellement « absorbable ».
Ce constat renvoie à une contrainte de politique publique: si les revenus ne progressent pas sensiblement dans les prochaines années, la marge pour augmenter la fiscalité sur les carburants restera étroite, car chaque ajustement risque d’alimenter un choc d’acceptabilité. L’équation est donc autant sociale qu’énergétique: sans décollage du revenu moyen, le débat sur le « prix à la pompe » continuera de se rejouer à chaque hausse, même minime.

















