Algérie-Niger : du gaz aux chasseurs Sukhoï, un rapprochement sous tension

Le rapprochement entre l’Algérie et le Niger n’a pas commencé avec les avions, mais avec un gazoduc : le projet de gazoduc transsaharien destiné à acheminer du gaz vers l’Europe. Lors de la visite du président nigérien Abdourahamane Tiani en Algérie, les 15 et 16 février 2026, le président Abdelmadjid Tebboune avait annoncé que les travaux du projet traversant le Niger débuteraient juste après le mois de Ramadan et que Sonatrach en prendrait les commandes.

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Le président Abdelmadjid Tebboune reçoit le ministre nigérien de la Défense Salifou Mody.
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Le projet vise à transporter du gaz du Nigeria vers l’Europe via le Niger et l’Algérie. Il resterait environ 1 800 kilomètres à réaliser. Dans ses déclarations sur les enjeux sécuritaires, le président algérien avait également laissé entendre que l’économie et la sécurité étaient indissociables. Il avait alors affirmé que les deux pays se trouvaient « dans la même tranchée » et que « la sécurité du Niger est celle de l’Algérie ».

Août : les hélicoptères, puis les chasseurs

Entre la promesse économique et la présence militaire, l’été a été marqué par une succession d’événements. Le 9 août, Niamey a réceptionné quatre hélicoptères algériens : deux appareils de type Mil Mi-171 et deux de type Mil Mi-24.

Environ trois semaines plus tard, dans la nuit du 28 au 29 août, des militaires se sont mobilisés au sein de la base aérienne 101 de Niamey. Les autorités nigériennes ont qualifié les faits de « tentative de déstabilisation ». L’Algérie a condamné l’incident et annoncé son soutien à Niamey.

Le 30 août, le ministère algérien de la Défense nationale a annoncé, « en réponse à une demande du commandement nigérien », l’envoi de deux patrouilles de chasseurs Sukhoï Su-30, soit quatre appareils, dans le cadre d’une « mission d’appui » à l’armée nigérienne. Un avion ravitailleur accompagnait le dispositif. Le Premier ministre nigérien les a personnellement accueillis.

Certains médias internationaux ont présenté cette opération comme le premier déploiement aérien de combat de l’Algérie au Niger. Cette initiative véhicule trois messages. Le premier est militaire : l’Algérie démontre sa capacité à soutenir un allié en moins de 48 heures, à plusieurs centaines de kilomètres de ses frontières. Le deuxième est politique : un partenaire qui sollicite son aide peut compter sur elle. Le troisième s’adresse à l’opinion intérieure : ce soutien a été apporté à la suite d’une demande officielle et dans le cadre d’un accord entre deux États.

Le 4 octobre, le président Tebboune a lui-même expliqué le sens de cette décision. Il a déclaré que l’envoi des avions était la conséquence du « manque de retenue de certaines parties » et ne constituait pas un changement de la doctrine de l’armée, « régie par la Constitution ». Il a également affirmé que l’Algérie « protégerait le Niger en toutes circonstances ». À ses yeux, il s’agissait de défendre des « intérêts communs » qu’il était naturel de protéger.

Au début du mois d’octobre, il aurait également employé, à propos de ceux qui seraient « allés trop loin », l’expression « tête contre tête », pour évoquer une confrontation d’égal à égal. Les déclarations rapportées ne désignaient toutefois pas explicitement la partie visée.

Dans le même contexte, le président algérien a évoqué des « États qui n’ont pas de population et qui recrutent donc des mercenaires », ainsi que le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), qu’il a présenté comme une organisation « créée par un État connu ». Dans les deux cas, il n’a nommé aucun pays.

Parallèlement, l’Algérie a annoncé, le 10 septembre, la rupture de ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis ainsi que la fermeture de son espace aérien aux appareils civils et militaires émiratis à compter du lendemain. Le président Tebboune a affirmé que l’Algérie ne reviendrait pas sur cette décision, prise après que « le couteau eut atteint l’os », selon ses termes.

Aucun communiqué officiel n’a établi de lien entre cette rupture diplomatique et les événements survenus au Niger. Les deux dossiers demeurent donc distincts, même s’ils s’inscrivent dans une période marquée par un discours de fermeté. De son côté, la diplomatie émiratie s’est limitée à exprimer le souhait que « cette décision soit temporaire ».

Octobre : un ministre en civil, puis en uniforme, et un protocole dont le contenu reste confidentiel

Au début de l’automne, le rapprochement s’est davantage inscrit dans le cadre militaire. Le 13 octobre, le général d’armée Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), a reçu le ministre nigérien de la Défense nationale, le général d’armée Salifou Mody, au siège de l’état-major. Ce dernier a ensuite été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune.

Les discussions ont porté sur la coopération militaire bilatérale et sur des questions d’intérêt commun. Saïd Chanegriha a souligné que cette visite s’inscrivait dans le prolongement de celle du président Abdourahamane Tiani en Algérie, en février. D’après les photographies publiées, le ministre nigérien apparaissait en tenue civile lors de cette première visite.

Quelques jours plus tard, le 20 octobre, le président Tebboune a présidé une réunion du Haut Conseil de sécurité, sans que son ordre du jour ni ses conclusions soient rendus publics.

Le 21 octobre, le ministre nigérien est revenu en Algérie à la tête d’une importante délégation militaire. Cette fois, il portait l’uniforme militaire. Il a de nouveau été reçu par Saïd Chanegriha, qui a affirmé que l’armée algérienne était « disposée à étudier toute proposition nigérienne » susceptible de renforcer la coopération militaire et sécuritaire.

La rencontre s’est achevée par la signature d’un protocole d’accord dans le domaine de la coopération militaire, sans publication de son contenu.

Cette succession de visites, dont les circonstances et les tenues officielles diffèrent, peut nourrir une lecture politique. La première rencontre semble davantage relever du registre institutionnel et diplomatique, tandis que la seconde paraît s’inscrire dans un cadre militaire plus opérationnel. Les éléments rendus publics ne permettent toutefois pas, à eux seuls, d’établir la portée concrète de cette distinction.

La dernière séquence concerne les institutions algériennes. Selon des sources citées par le site Maghreb Émergent, des députés ont reçu une convocation à une réunion extraordinaire prévue le dimanche 25 octobre, sans indication de l’ordre du jour. Aucune explication officielle n’a été publiée à ce stade.

Pour mémoire, l’article 91 de la Constitution algérienne de 2020 prévoit, dans les conditions qu’il fixe, une autorisation parlementaire à la majorité des deux tiers des membres de chaque chambre pour l’envoi de forces de l’Armée nationale populaire à l’étranger.

Les annonces officielles à venir seront donc déterminantes pour comprendre les suites institutionnelles et militaires de cette séquence, dans un contexte de tensions persistantes au Sahel.

Points de vigilance avant publication : les noms propres, les dates, les citations présidentielles, la nature exacte de la mission aérienne et la référence à l’article 91 de la Constitution doivent être recoupés avec les communiqués officiels et les sources originales. La traduction conserve les affirmations et les interprétations du texte arabe sans les présenter comme des faits indépendamment vérifiés. Le passage relatif au 25 octobre, notamment, doit être confirmé avant publication.

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