Le Qatar assure 33,6 % du GNL importé par l’Italie. Les perturbations qui frappent les exportations qataries depuis le 28 février poussent Rome à examiner une réorientation progressive vers les gazoducs terrestres, et vers l’Algérie en premier lieu.
Le 2 mars 2026, Giorgia Meloni a réuni à Rome Descalzi et Scornajenchi, PDG d’ENI et de Snam, en présence des ministres des Affaires étrangères, de la Transition énergétique et de la Défense. L’objet de la réunion était d’évaluer les marges de manœuvre disponibles face à la perturbation des flux de GNL en provenance du Golfe. Le gaz a bondi de 20 % en Europe, avec des répercussions estimées à 121 euros par an sur la facture des ménages italiens.
Le Transmed en première ligne
La réponse italienne s’oriente vers les circuits terrestres, jugés plus stables que le marché spot du GNL. Le Trans-Méditerranéen a acheminé plus de 20 Gm³ en 2025, faisant de l’Algérie le premier fournisseur de l’Italie avec 31 % de ses importations. Rome étudie un relèvement du débit à 30-35 Gm³ annuels, sous réserve des capacités techniques disponibles. Il ne s’agit pas d’une décision formelle, mais d’un ajustement progressif que les discussions entre opérateurs sont en train de calibrer. Le Trans Adriatic Pipeline azerbaïdjanais est également examiné, mais les volumes algériens déjà en place rendent cette option plus opérationnelle à court terme.
Un partenariat industriel ancré dans la durée
ENI est présente en Algérie depuis 1981 et en constitue le deuxième partenaire africain avec 1,2 milliard de dollars versés en 2024. En juillet 2025, les deux groupes ont signé un contrat sur Zemoul El Kbar pour un investissement de 1,35 milliard de dollars, complété par un protocole sur Reggane II visant 5,5 Gm³ supplémentaires par an d’ici 2028. En février 2026, un décret présidentiel a officialisé le départ d’Engie de Touat, au profit d’ENI dont la part monte à 43 %.
Cette trajectoire remonte à avril 2022 et la visite de Mario Draghi à Alger, qui avait obtenu de Sonatrach un accord portant sur 9 Gm³ supplémentaires par an. En 2021, la Russie fournissait encore 29 Gm³ à l’Italie contre 22,5 Gm³ pour l’Algérie. Le renversement est depuis lors total.
La Commission européenne a convoqué son groupe de coordination gazière pour évaluer l’exposition des États membres. Rome a mobilisé 5 milliards d’euros pour amortir la hausse des factures, mais mise sur la stabilisation des approvisionnements algériens comme réponse durable.
















