Une coalition d’organisations féministes algériennes réclame l’application effective des lois de protection de l’enfance après le meurtre d’Asma, 15 ans, tuée par son père à Sidi Akkacha malgré de multiples alertes.
Une vingtaine d’associations et de personnalités féministes algériennes ont publié un appel exigeant des mesures concrètes contre les féminicides, après l’assassinat d’Asma, une lycéenne de moins de 16 ans, par son père dans le village de Sidi Akkacha, wilaya de Chlef. Les signataires dénoncent un « crime dont nous portons tous la responsabilité, coupables de non-assistance à personne en danger ».
Selon le texte, l’adolescente avait « depuis longtemps demandé de l’aide, appelé au secours et supplié de ne plus retourner chez son bourreau ». Son lycée, la gendarmerie et les voisins étaient informés de sa situation. Des camarades de classe avaient découvert qu’elle se mutilait et alerté la psychologue scolaire, qui avait convoqué le père. Cette démarche, « pensée comme une protection, a malheureusement précédé le passage à l’acte », souligne l’appel.
Un environnement de violence familiale
La famille d’Asma, composée de sa mère et de quatre autres enfants, ne peut plus vivre dans la maison du drame. Recueillis par des voisins, ils portent les traces de violences répétées. La mère présente d’anciennes fractures, et les enfants, y compris les garçons, « ont également subi des violences ». Les associations signalent que le propre frère de l’accusé avait tué son épouse l’année précédente.
Des voisins rapportent avoir donné de la nourriture en cachette à Asma, que son père enfermait. Lors de son audition, le meurtrier aurait adopté « une attitude froide, dépourvue de remords », déclarant assumer son acte et ne pas être opposé à une condamnation à mort.
Une défaillance des mécanismes légaux
Les signataires rappellent que ce drame constitue juridiquement un infanticide, la victime étant mineure. Ils dénoncent la non-application de la Loi n°15-12 relative à la protection de l’enfant, qui impose pourtant « l’évaluation rapide du danger, la transmission obligatoire du signalement aux autorités compétentes et, lorsque le risque est avéré, l’éloignement immédiat de l’enfant du milieu dangereux ».
« Ce drame révèle un manquement grave à l’obligation de protection qui incombe aux services éducatifs, sociaux, sécuritaires et judiciaires », affirme le texte, qui compte parmi ses signataires des associations comme Rachda, le réseau Wassila, CIDDEF et AVIFE, ainsi que des figures comme la sociologue Fatma Oussedik et la réalisatrice Habiba Djahnine.
Des revendications concrètes
Les organisations réclament quatre mesures prioritaires, à savoir des procédures efficaces de signalement et d’éloignement des auteurs de violence ; l’abrogation de la clause du pardon qui permet de réduire les peines après des violences graves ; que l’État se constitue systématiquement partie civile lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité physique de ses citoyens ; et la création de davantage de centres d’hébergement pour les victimes.
L’appel fait également référence à la « harga au féminin », ce phénomène d’errance nocturne de femmes dans les rues, « expression d’un mal-être » qui se développe. Les signataires invitent à se mobiliser « dans le respect absolu de la dignité de cette famille ».
















