Évoqué depuis les années 1980, le pipeline de 4 200 kilomètres reliant le Nigeria à la Méditerranée pourrait enfin entrer dans sa phase de construction, selon le ministre de l’Énergie.
Mohamed Arkab, ministre d’État chargé de l’Énergie et des Mines, a indiqué jeudi que le projet quittait le stade des études pour entrer dans celui de l’exécution. Il s’exprimait en marge d’une conférence sur l’intégration économique africaine, organisée conjointement par la Banque d’Algérie et le FMI.
L’Algérie, le Nigeria et le Niger ont renouvelé leur engagement commun à faire aboutir cette infrastructure destinée à acheminer le gaz nigérian vers les côtes méditerranéennes. Des réunions ministérielles tripartites doivent se tenir dans les prochaines semaines pour enclencher la troisième phase du projet, celle des travaux.
Un serpent de mer vieux de quarante ans
L’idée d’un pipeline reliant le delta du Niger à l’Algérie a germé dans les années 1980, mais l’accord fondateur n’a été signé qu’en 2009. Depuis, le dossier n’a cessé d’accumuler les retards. L’instabilité sécuritaire au Sahel, l’absence de cadre juridique gazier au Nigeria jusqu’en 2021 et les difficultés de financement ont tour à tour freiné sa progression.
La dynamique a repris en février 2025 avec la signature à Alger d’une série d’accords tripartites. Le cabinet britannique Penspen a été mandaté pour actualiser l’étude de faisabilité. Sonatrach et ses homologues nigérian et nigérien ont paraphé un contrat de compensation et un accord de confidentialité. L’investissement est estimé à 13 milliards de dollars pour une capacité de 30 milliards de mètres cubes par an.
Les deux tiers du tracé déjà posés
Selon les chiffres officiels, 60 % du tracé serait déjà réalisé, soit 2 400 kilomètres de pipeline posés, principalement en Algérie et au Nigeria. Il reste 1 800 kilomètres à construire, dont 700 en territoire algérien, 1 000 au Niger et 100 au Nigeria.
Le financement demeure le principal obstacle. La Banque africaine de développement a confirmé son soutien technique, mais l’enveloppe globale reste à boucler. Les trois pays n’ont pas communiqué de calendrier précis pour le début effectif des travaux.
Une alternative au projet marocain
Le TSGP n’est pas seul en lice. Le Maroc défend un tracé concurrent longeant la côte atlantique sur 5 600 kilomètres et traversant quatorze pays. Ce projet peine cependant à réunir les financements nécessaires, et le Nigeria a récemment réaffirmé sa préférence pour l’option transsaharienne, jugée plus réaliste à court terme.
Pour Alger, l’argument tient en quelques chiffres. Le tracé transsaharien ne traverse que trois pays et peut se raccorder directement aux gazoducs Medgaz et Transmed, qui alimentent déjà l’Espagne et l’Italie. L’Algérie, troisième fournisseur de gaz de l’Europe, entend conforter cette position dans un contexte de reconfiguration du marché mondial.
Depuis la réduction des livraisons russes consécutive à la guerre en Ukraine, les Européens cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement. Le gaz nigérian, adossé aux premières réserves du continent africain, pourrait y contribuer.


