Le Journal officiel du 31 mai 2026 vient de livrer la situation mensuelle de la Banque d’Algérie arrêtée au 30 novembre 2025. Six mois de délai entre la date comptable et sa publication, un écart qui s’est normalisé dans la pratique institutionnelle algérienne, quand bien même la loi de 2023 relative à la monnaie et au crédit a voulu moderniser le cadre de gouvernance de la banque centrale.
Le total du bilan s’établit à 21 113 milliards de dinars. Un chiffre que la Banque d’Algérie n’avait pas atteint lors des exercices précédents, et qui reflète notamment la progression des avoirs extérieurs portés par la rente hydrocarbures. Les réserves de change inscrites à l’actif ressortent à 4 951 milliards de dinars, l’or à 3 027 milliards et les droits de tirage spéciaux (DTS) alloués par le Fonds monétaire international à 559 milliards supplémentaires. Le détail de ces postes, que Maghreb Émergent suit depuis la publication du rapport annuel 2024 de la Banque d’Algérie, confirme la reconstitution progressive des réserves entamée à partir de 2022.
Les titres d’État, premier poste du bilan
Le poste dominant reste sans conteste les titres émis ou garantis par l’État, à 8 164 milliards de dinars. Sur ce montant, 5 614 milliards correspondent aux souscriptions opérées au titre de l’article 45 bis de l’ordonnance portant statut de la banque centrale, un mécanisme de financement du Trésor par émission monétaire dont le volume avait déjà été signalé à l’occasion des bilans 2022 et 2023. Les 2 550 milliards restants relèvent de l’article 55 de la loi bancaire de 2023, plus récent. La concentration de près de 40 % de l’actif total sur la dette souveraine traduit une dépendance structurelle que les économistes spécialisés dans la finance publique algérienne soulignent depuis plusieurs exercices dans leurs travaux sur la liquidité bancaire.
Les avances au Trésor en compte courant s’élèvent à 797 milliards de dinars, tandis que les avances exceptionnelles prévues à l’article 48 de la loi de 2023 ressortent à zéro, le mécanisme n’ayant pas été activé sur la période. Les pensions, entièrement libellées en contreparties publiques, atteignent 1 543 milliards.
Au passif, la masse fiduciaire en circulation dépasse 9 654 milliards de dinars, soit 45,7 % du total du bilan. Un ratio qui traduit la prépondérance persistante du cash dans les transactions algériennes, que les initiatives de digitalisation financière portées par l’Agence nationale de promotion de l’investissement et les opérateurs fintech n’ont pas encore sensiblement entamé. Le compte courant créditeur du Trésor s’inscrit à 1 821 milliards, les comptes des banques et établissements financiers à 1 257 milliards.
Le capital propre de la Banque d’Algérie demeure fixé à 10 milliards de dinars, ses réserves à 700 milliards. Rapporté à un bilan de 21 113 milliards, ce niveau de fonds propres apparaît structurellement faible, une question que la réforme du statut de la banque centrale discutée dans les cercles économiques n’a pas encore tranchée.
La ligne «autres postes du passif» concentre pour sa part 4 764 milliards, soit 22,5 % du passif total. Cette agrégation opaque, non détaillée dans la publication au Journal officiel, rend impossible toute reconstitution complète du bilan à partir du seul texte officiel.


