Belkacem Boukherouf : « Il y a un risque de recours à la planche à billets et à l’endettement extérieur »

Belkacem Boukherouf : « Il y a un risque de recours à la planche à billets et à l’endettement extérieur »

Belkacem Boukhrouf, économiste et ancien enseignant universitaire au département des sciences économiques de l’Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, est reconnu pour ses analyses et ses commentaires sur les politiques économiques nationales.

Après plus de six mois de tension à l’ALGEX et une paralysie quasi totale de plusieurs activités, quel est votre commentaire sur cette situation défavorable pour l’économie nationale ?

Belkacem Boukherouf : Trois éléments méritent d’être soulignés

Primo, le commerce extérieur relève normalement des entreprises et des autres entités économiques. Or, en Algérie, le ministère ne se limite pas à réguler les flux : il en fixe le rythme et le format. Ce contrôle excessif constitue un frein majeur à la dynamique que pourraient espérer les entreprises engagées dans l’import-export.

Deuxio, la fluidité du commerce international repose davantage sur un système de déclaration que sur un système d’autorisation. Un excès de contrôle devient un facteur de découragement et de perte de compétitivité.

Tertio, le commerce international exige une forte réactivité et une compétition fondée sur le temps (time-based competition). Les décisions du ministère annihilent cette exigence, au détriment de nos entreprises, qui peinent à se maintenir sur les marchés internationaux et à préserver leur crédibilité auprès des fournisseurs comme des partenaires financiers.

De cela, on comprend aisément que l’illisibilité du dispositif réglementaire et la complexité des procédures du commerce extérieur freinent la volonté des acteurs économiques et découragent l’initiative. Combinées aux lourdeurs bancaires et douanières, elles dressent un tableau sombre.

Selon vous, face à la dévaluation du dinar algérien et aux fluctuations quotidiennes du taux de change sur le marché noir, quel commentaire pouvez-vous faire ? Pensez-vous que cela soit lié à la décision récente concernant l’importation des voitures de moins de trois ans ?

L’impact des importations de voitures de moins de trois ans est en réalité marginal. Le problème réside dans l’incapacité des gouvernants à encadrer la politique monétaire et à maîtriser la masse monétaire en circulation. Dans une économie peu bancarisée, faiblement industrialisée et dépendante de la fiscalité pétrolière, la monnaie ne peut que se dévaluer, d’autant plus que l’essentiel des dépenses publiques a un caractère social.

Les augmentations de salaires, combinées à une inflation non maîtrisée, accentuent la baisse de la valeur de la monnaie face aux devises fortes. Tant que le gouvernement injecte de la monnaie sans retour possible, celle-ci continuera de perdre de sa valeur.

Selon vous, quels sont les pires scénarios possibles pour l’économie nationale d’ici 2027 ?

Un ralentissement économique et industriel est à craindre, accompagné d’une inflation élevée et hors contrôle. La spirale du chômage et la contraction des volumes d’investissement pourraient conduire, à court terme, à un recours à la planche à billets et, à moyen terme, à l’endettement extérieur.

Quelles seraient les mesures et solutions à envisager pour y faire face ?

En économie, rien n’est irréversible. Il faut davantage de réactivité et une volonté de réalisme. Le courage politique est nécessaire pour prendre des décisions impopulaires mais indispensables : geler les augmentations de salaires, rationaliser les transferts sociaux en réduisant leurs montants — notamment l’allocation chômage — et en ciblant strictement les bénéficiaires ; éviter les poussées inflationnistes et, surtout, desserrer l’étau qui entrave l’investissement privé.

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