Depuis la mi-novembre, Aïn Fakroun, l’un des principaux pôles commerciaux de l’Est du pays, traverse une crise qui inquiète commerçants et observateurs économiques. Au cœur du litige, il y a le refus de l’unique agence BADR de la localité d’ouvrir de nouveaux comptes bancaires, une décision aux lourdes répercussions sur l’activité des importateurs de la région.
L’affaire, largement relayée sur les réseaux sociaux, a rapidement pris une tournure polémique. Des commerçants dénoncent un étranglement financier, d’autres redoutent une paralysie du tissu commercial local. En toile de fond, la menace d’un mouvement de grève.
Une journée de concertation pour désamorcer la crise
Face à la montée des tensions, le Forum algérien pour le commerce et les affaires a organisé une journée d’étude à Aïn Fakroun, réunissant commerçants, importateurs et acteurs économiques de la wilaya d’Oum El Bouaghi, et ce, afin, entre autres objectifs, d’apaiser la colère et rappeler que “la consultation reste la seule voie durable pour résoudre les problèmes”.
Le président du Forum, Mhenni Abdelhadi, a mis en garde contre les appels à la grève et aux actions non encadrées, estimant que de telles démarches risquaient de “fragiliser la stabilité du marché” et de détourner l’attention des véritables solutions. Selon lui, les difficultés des commerçants sont réelles, mais doivent être traitées par un dialogue institutionnel structuré.
Sur le terrain, une réalité bien différente
Les opérateurs économiques décrivent une situation autrement plus préoccupante. Depuis plusieurs semaines, l’impossibilité d’ouvrir ou de maintenir des comptes bancaires perturbe profondément les transactions. Des commerçants affirment que près de 400 opérateurs sur un millier ont vu leurs comptes fermés ou gelés, les contraignant à se déplacer vers d’autres wilayas pour effectuer leurs opérations courantes.
Selon des témoignages rapportées par la radio locale, la décision serait d’ordre central, ce qui alimente l’incompréhension et le sentiment d’abandon. “Nos activités sont bloquées alors que nous disposons de licences légales”, déplorent plusieurs importateurs, pointant les coûts supplémentaires liés aux déplacements, aux retards de paiement et aux engagements non honorés.
Aussi, si la situation perdure, les conséquences pourraient dépasser le cadre local. Les importateurs d’Aïn Fakroun alertent sur la dégradation de leurs relations avec leurs fournisseurs étrangers, notamment en Chine, en Malaisie et en Turquie. Certains n’hésitent plus à qualifier la situation d’ “amateurisme”, pointant retards de virements et contrats fragilisés.
Au-delà des pertes financières immédiates, c’est la crédibilité du commerçant algérien qui est en jeu. Aïn Fakroun, historiquement centre névralgique du commerce régional, risque de voir son rôle s’effriter si les blocages persistent.
À l’issue de la rencontre, les participants ont décidé de formaliser un document de revendications axé sur la simplification des procédures, la réouverture des services bancaires, la stabilité réglementaire et la numérisation.
















