L’État algérien a engrangé plus de 9 000 milliards de DA de recettes en 2023, dopé par la fiscalité pétrolière. Mais près d’un tiers des crédits votés n’ont jamais été dépensés. C’est ce qui ressort du projet de loi de règlement budgétaire présenté ce lundi par le ministre des Finances, Abdelkarim Bouzred, devant la commission des finances de l’Assemblée nationale (APN).
Les recettes effectivement encaissées ont dépassé 9 017 milliards de DA, en hausse de 24 % par rapport à 2022. L’essentiel provient de la fiscalité (7 396 milliards de DA), dont plus de la moitié, soit 3 856 milliards, est tirée de la fiscalité pétrolière. Les revenus du patrimoine de l’État ne représentent que 86 milliards, une part négligeable. En face, les charges budgétaires ont atteint 10 592 milliards de DA (+0,93 % sur un an), réparties entre transferts sociaux (3 340 milliards), salaires des fonctionnaires (3 213 milliards) et investissement (1 188 milliards).
L’ambition était ailleurs
L’année 2023 avait pourtant commencé sous le signe de l’expansion. En cours d’exercice, le gouvernement avait fait voter une loi de finances complémentaire (LFC) ambitieuse, portant les prévisions de dépenses à plus de 14 700 milliards de DA. Cette rallonge budgétaire visait des priorités stratégiques. L’on citera entre autres, la revalorisation des salaires des fonctionnaires, les projets ferroviaires comme la ligne Béchar- Tindouf, ou encore la lutte contre le stress hydrique via les stations de dessalement.

Mais le bilan final révèle un sérieux décalage. Malgré ces crédits supplémentaires et des recettes pétrolières au-delà des attentes, seuls 72 % des dépenses prévues ont été effectivement exécutées. Autrement dit, 28 % des fonds votés n’ont jamais quitté les caisses de l’État. Le ministre l’explique par l’entrée en vigueur du nouveau mode de gestion budgétaire par programmes, qui a généré “certaines insuffisances liées au manque de clarté des procédures pour les ordonnateurs”.
Sur le plan macroéconomique, la croissance a atteint 4,1 % en 2023, contre 3,6 % en 2022. Bouzred a enfin détaillé le nouveau cadre juridique qui oblige chaque ordonnateur à produire un rapport de priorités en amont du budget, puis un rapport de performance après exécution. Il assure que les gestionnaires “s’adaptent progressivement”. Mais l’exercice 2023 illustre, une fois de plus, la difficulté de l’appareil administratif à transformer les crédits votés en réalisations concrètes.


















