Coup de colère du directeur de l’INRAA face à la stagnation de l’agroalimentaire en Algérie

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Les filières agroalimentaires les plus prospères sont adossées à des produits d’importation (Ph. INRAA)
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On sait ce qu’il faut faire, mais on ne le fait pas. Fouad Chehat, directeur de l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie (INRAA), déplore l’incapacité de l’Algérie à prendre les mesures nécessaires pour développer son industrie agroalimentaire.

M. Fouad Chehat est excédé. Le directeur de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) a exprimé sa colère, mardi, face au décalage entre les besoins de l’économie algérienne, « connus de tous », et une pratique qui maintient des méthodes et des structures dépassées, obsolètes, qui bloquent le développement de l’agriculture et de l’économie algérienne en général.

Intervenant au cours d’une émission de radio, M. Chehat a déclaré que « tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut moderniser » l’agriculture, mais rien ne se fait. « Tant qu’on ne changera pas de méthodes, les choses ne changeront pas », a-t-il déclaré. « On sait comment faire, mais on ne le fait pas. Il faut le faire pourtant », a-t-il dit, excédé par la stagnation et par le discours devenu une fin en soi dans le monde économique algérien.

« On ne fait aucun effort sérieux en matière de recherche et développement », a-t-il encore affirmé. Citant le cas de la pomme de terre, il a indiqué que le système Syrpalac, mis en place pour réguler le marché, a montré ses limites. Pourtant, « rien n’est fait pour organiser la filière de la pomme de terre », notamment pour favoriser des variétés destinés à l’industrie et développer une industrie agro-alimentaire ».

Les choses ont peu avancé

« On continue avec des variétés anciennes, comme la Désirée et la Spounta, vieilles de cinquante ans », a-t-il déploré, alors que « d’autres variétés plus adaptées ont été testées et homologuées ». Pour les céréales également, on sait ce qu’il y à faire : l’irrigation d’appoint. « C’est possible d’irriguer au moins un million d’hectares », a-t-il dit. La production atteint actuellement une moyenne de 17 quintaux à l’hectare. « Il faut aller à une moyenne de 30 quintaux au moins », a-t-il dit, alors que les surfaces irriguées assurent une production supérieure à 50 quintaux à l’hectare. Les annonces sur ce terrain ont été très nombreuses, mais concrètement, les choses ont peu avancé. Résultat : la production de céréales reste essentiellement tributaire de la pluviométrie, alors qu’il est possible de « réduire d’au moins 50% les importations actuelles ».

A ces handicaps s’ajoutent des circuits commerciaux totalement désorganisés, qui ne permettent pas de capter la production dans de nombreuses filières. Une des plus connues est celle de l’huile d’olive. L’Algérie devrait avoir une place de choix dans le monde méditerranéen, mais la production bute sur une industrie peu performante, et un système de collecte rudimentaire.

L’agroalimentaire représente 2,5% du PIB

M. Chehat a aussi noté que les filières de l’agroalimentaire les plus prospères sont adossées à des produits d’importation, comme les céréales et le lait. Pour les autres, il y a des faiblesses à l’amont, liées à deux facteurs essentiellement : faiblesse de la production et défaillance des circuits de commercialisation. Cela n’empêche pas certaines filières de commencer à s’imposer à l’export, comme celles des boissons et du sucre, grâce essentiellement au développement de l’entreprise Cevital.

Mais à côté de ces grandes filières, il y a de la place pour de multiples petites entreprises, qui peuvent s’adosser à un produit, ou un territoire. Ce sont des spécialisations qui ont tendance à disparaitre, car peu valorisées, a déploré M. Chehat.

Le poids de l’industrie agroalimentaire demeure toutefois marginal dans l’économie algérienne, avec à peine 2,5% du PIB, alors qu’il représente 45% de la valeur ajoutée industrielle hors hydrocarbures.

 

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