Exigences internationales : la RSE, nouveau passeport obligatoire pour les sous-traitants algériens

Longtemps considérée comme une démarche philanthropique volontaire ou un simple exercice de communication, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) opère un virage stratégique majeur. Sous l'impulsion de nouvelles normes certifiables et du durcissement des réglementations internationales, le reporting extra-financier devient une exigence contractuelle pour les PME algériennes intégrées aux chaînes de valeur mondiales. Décryptage d'une mutation irréversible.

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Les normes de la RSE deviennent de plus en plus un passage obligé pour maintenir ses contrats à l'exportation. (illustration)
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Invitée de l’émission Public/Privé de Maghreb Émergent, Khalida Anad, directrice de Green-Eco Algérie, a souligné la rupture fondamentale que traverse la gouvernance d’entreprise. Alors que la norme ISO 26000, publiée en 2010, servait de guide volontaire non certifiable, la récente publication, le 28 septembre dernier, de la norme ISO 53001 change la donne.

Axée sur l’intégration des Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies dans les systèmes de management, cette nouvelle norme présente la particularité d’être certifiable.

Cette évolution normative globale se répercute déjà de manière très concrète sur le tissu économique national. « Ces dernières années, avec les exigences et réglementations internationales, les entreprises sont directement impactées », a affirmé Khalida Anad au micro de Maghreb Émergent.

Elle cite notamment l’exemple d’une entreprise algérienne accompagnée par son cabinet, contrainte par un partenaire étranger de fournir un rapport extra-financier pour maintenir son contrat de fourniture. Pour de nombreux dirigeants locaux peu sensibilisés, cette demande constitue souvent un premier contact brutal avec la réalité du reporting RSE.

Sortir de l’informel : structurer sa gouvernance extra-financière

L’Algérie ne manque pas d’initiatives à caractère sociétal. Comme l’explique l’experte sur Maghreb Émergent, les coutumes, la culture et la religion favorisent naturellement de multiples actions solidaires au sein des entreprises. Cependant, ces démarches restent majoritairement informelles et non structurées.

Face aux donneurs d’ordres internationaux, l’empirisme ne suffit plus. Une véritable stratégie RSE exige une gouvernance rigoureuse : création d’un comité de pilotage, réalisation d’un diagnostic d’impact, consultation méthodique des parties prenantes (salariés, fournisseurs, communautés locales) et élaboration d’une matrice de matérialité.

Khalida Anad met également en garde les dirigeants contre la tentation du greenwashing ou des rapports de façade. Publier des bilans sociaux ou environnementaux flatteurs tout en négligeant les les droits des collaborateurs, la sécurité ou l’éthique des fournisseurs finit irrémédiablement par se retourner contre l’entreprise. À l’image de grands scandales industriels à l’étranger, la tromperie RSE entraîne des ruptures de contrats, des pertes de marchés et des coûts financiers dévastateurs.

Un investissement rentable face aux risques opérationnels

L’un des freins récurrents chez les chefs d’entreprise réside dans la perception de la RSE comme un centre de coût supplémentaire. Un préjugé que la directrice de Green-Eco Algérie s’emploie à déconstruire : la RSE doit être adaptée à la taille et aux moyens de chaque PME.

Surtout, elle prévient des risques bien plus coûteux liés à l’absence de politique extra-financière. Sur le plan des ressources humaines, le renouvellement continu des effectifs (turnover) génère des surcoûts d’apprentissage et des pertes de productivité massives qu’une politique sociale attentive permet d’éviter.

Sur le plan opérationnel, négliger les relations avec les parties prenantes locales peut provoquer des conflits sociaux ou des blocages d’usines paralysant la chaîne logistique pendant plusieurs jours.

Souveraineté et spécificités africaines : le message de l’AGIS

Ce débat dépasse les seules frontières des entreprises et touche à la souveraineté économique du continent. À travers l’organisation de l’African Green Impact Summit (AGIS), Khalida Anad plaide pour une meilleure prise en compte des réalités africaines.

« Pourquoi l’Afrique devrait-elle subir les mêmes contraintes que des entreprises européennes alors qu’elle n’évolue pas dans le même contexte et ne bénéficie pas des mêmes aides ? », s’est-elle interrogée sur le plateau de Maghreb Émergent. Tout en rappelant que le continent émet très peu de gaz à effet de serre mais subit de plein fouet le dérèglement climatique, elle appelle les entreprises algériennes et africaines à assumer leur part de responsabilité tout en affirmant un modèle de RSE structuré, réaliste et souverain.

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