Vingt-six mois après le lancement des travaux, le projet stratégique de la ligne ferroviaire minière Béchar–Tindouf–Gara Djebilet continue de susciter autant d’espoirs que d’interrogations. Officiellement, « la pose des rails est achevée depuis la fin du mois de décembre 2025 ». Dans les communiqués institutionnels, le ton est rassurant : les essais techniques ont débuté, une locomotive dédiée a déjà parcouru une partie du tracé et la mise en service est annoncée « d’ici la fin du mois de janvier 2026 ». Mais sur le terrain, le récit semble plus nuancé.
Lors de sa visite à Béchar et Tindouf, les 8 et 9 janvier 2026, le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader DJellaoui, a insisté sur «l’achèvement global des travaux du tronçon minier ouest sur 950 km ». Selon les autorités, les sept gares prévues sont terminées ou en phase finale, et les essais techniques en cours ouvrent la voie à une exploitation imminente. Le projet, piloté par l’ANSERF, est présenté comme une réalisation « en un temps record », au service du développement de la mine de fer de Gara Djebilet et du désenclavement du Sud-Ouest.
Des retards encore visibles sur le terrain
Pourtant, des voix discordantes émergent. Un chauffeur impliqué dans la logistique du chantier affirme que « tout n’est pas encore prêt ». Selon lui, plusieurs ouvrages restent à réaliser, notamment des ponts, des passages routiers sous la voie ferrée et certaines sections de pose de rails, en particulier du côté d’Oum El Assel. « On ne peut pas parler de fin totale tant que ces points ne sont pas réglés », confie-t-il, évoquant aussi une grève des camionneurs qui ralentit fortement l’acheminement des matériaux et bloque certaines opérations.
Cinq gares encore à finaliser ?
Même le discours officiel reconnaît que tout n’est pas totalement bouclé. Il est admis que « cinq des sept stations nécessitent encore des finitions ». Une réalité qui pose question : ces travaux résiduels peuvent-ils être achevés en quelques semaines seulement, surtout si la grève des transporteurs se prolonge ? Sur le plan opérationnel, le calendrier apparaît de plus en plus serré.
Au-delà du débat technique, l’enjeu est avant tout économique. Cette ligne ferroviaire est la clé de voûte de l’exploitation industrielle de Gara Djebilet, l’un des plus grands gisements de fer d’Afrique. Sa mise en service conditionne, non seulement l’exportation du minerai, mais également la création d’emplois, la dynamisation du Sud-Ouest et l’intégration logistique de toute une région. Tout retard se traduit donc par un coût économique et stratégique.
Fin janvier ou simple étape ?
Initialement, le projet devait être livré en avril 2026, conformément à un délai de 30 mois entamé en novembre 2023. L’annonce d’une mise en service « avant fin janvier » marque une accélération politique forte, mais aussi un pari. La visite ministérielle apportera-t-elle un nouveau souffle et un déblocage concret sur le terrain ? Ou assistera-t-on à une mise en service partielle, symbolique, en attendant l’achèvement réel de tous les ouvrages ?
Entre communication officielle et réalités du chantier, une chose est sûre, la fin du mois de janvier sera décisive pour savoir quelle version correspond réellement à l’état du projet de Gara Djebilet.

















