Dans la guerre en cours contre l’Iran, lancée par Donald Trump, l’Italienne Giorgia Meloni se démarque sans aller jusqu’à l’affirmation franche et tranchée du « no a la guerra » de Pedro Sánchez. Sa posture est prudente mais nette : « L’Italie n’est pas en guerre et ne veut pas entrer en guerre. »
La présidente du Conseil des ministres italien ne s’est exprimée que plusieurs jours après le début de l’agression américano-israélienne contre l’Iran. La presse italienne n’a pas manqué de relever cette prudence. Le quotidien de gauche Il Manifesto note ainsi qu’après « s’être enfermée dans le silence pendant trois jours », Giorgia Meloni « a parlé, mais en faisant très attention à ne pas dire un mot qui puisse sonner comme un soutien ouvert à l’attaque ».
Une prise de parole qui lui permet de se démarquer de Trump sans adopter la confrontation ouverte choisie par Sánchez, lequel a critiqué publiquement Washington et limité l’usage des bases espagnoles.
Ce choix de prudence répond à plusieurs impératifs. L’opinion publique italienne, tout comme l’espagnole, est largement hostile à toute implication militaire : plus de 70 % des citoyens refusent l’envoi de troupes. L’opposition italienne est aux aguets. Le Parti démocrate estime que « la prudence seule ne suffit pas, il faut un rôle actif dans la diplomatie européenne », tandis que certains partis de droite italienne, à l’instar de leurs homologues espagnols, mettent en garde contre une trop grande frilosité vis-à-vis de Washington.
Une relation économique historique avec l’Iran
Cette prudence italienne s’explique aussi par une relation historique et économique avec l’Iran. Entre 2006 et 2012, l’Italie fut le premier partenaire commercial européen de Téhéran, avec des échanges dépassant sept milliards d’euros en 2010. Malgré les sanctions, les liens n’ont jamais totalement disparu.
Le groupe Eni, présent en Iran depuis 1957 et dont l’État italien détient 30 % du capital, constitue un vecteur concret de diplomatie économique. D’autres entreprises comme Saipem, Fincantieri, Danieli Group et Enel assurent un maintien discret mais effectif du dialogue. Rome reste attachée à préserver ces canaux ouverts, même lorsque d’autres capitales européennes adoptent une ligne plus dure.
C’est précisément sur ce point que la différence avec Madrid devient nette. Là où Giorgia Meloni privilégie une prise de distance mesurée avec Donald Trump, Pedro Sánchez a choisi une ligne plus tranchée. Le chef du gouvernement espagnol a décidé de s’opposer ouvertement à Trump, refusant toute participation espagnole et affichant un désaccord public.
Meloni-Sánchez, différents mais convergents
Pourtant, malgré leurs positions idéologiques opposées — Meloni à l’extrême droite, Sánchez à gauche — les deux dirigeants convergent sur l’essentiel : refus de l’envoi de troupes, priorité à la diplomatie et nécessité de préserver les flux énergétiques méditerranéens. Ce pragmatisme partagé montre que, même avec des visions politiques très différentes, sécurité nationale et stabilité régionale peuvent créer des points de jonction inattendus.
Meloni se montre capable de se démarquer d’une hyper-puissance alliée au comportement imprévisible. Dans le contexte de guerre ouverte contre l’Iran, elle défend des priorités nationales — sécurité, approvisionnement énergétique et stabilité méditerranéenne — sans rompre les alliances. Elle se distingue de Sánchez, plus tranchant dans le ton, tout en convergeant avec lui sur l’essentiel.
L’Italie et l’Espagne sont, pour rappel, reliées physiquement à l’Algérie par des gazoducs, assurant un approvisionnement énergétique stable et sécurisé dans un contexte de crise régionale. L’Italie dépend largement du gaz algérien, acheminé via le gazoduc TransMed à travers la Tunisie, tandis que l’Espagne reçoit également du gaz via le gazoduc Maghreb-Europe.
















