Importations : L’ABEF suspend le PPI jusqu’au 31 décembre, et après ?

Importations : L’ABEF suspend le PPI jusqu’au 31 décembre, et après ?
L'ABEF autorise exceptionnellement la domiciliation bancaire sans documents jusqu'à fin décembre 2025. Photo : Port de Béjaïa (DR)

Les banques algériennes peuvent exceptionnellement domicilier sans documents jusqu’au 31 décembre, selon une note de l’ABEF. Un soulagement pour les industriels paralysés par les délais du PPI, mais la mesure expire dans quelques semaines.

« On nous impose une prévision sur six mois, alors que nos ventes peuvent varier fortement d’un mois à l’autre. Si la demande dépasse les prévisions ce qui est notre cas il devient impossible d’ajuster l’importation de matière première », témoigne Oussama Hamouche, un opérateur économique employant plus de 300 personnes dans la production.

Son cri d’alarme résume le cauchemar bureaucratique que vivent les industriels algériens depuis juillet dernier. Une note de l’Association des Banques et Établissements Financiers (ABEF) vient certes apporter un bol d’air : jusqu’au 31 décembre 2025, les banques peuvent domicilier des factures d’importation sans exiger le fameux Programme Prévisionnel d’Importation (PPI) ni l’autorisation préalable du ministère du Commerce extérieur. Mais cette respiration s’arrête dans quelques semaines. Et après ? Le problème structurel, lui, reste entier.

Un répit de cinq semaines

La note de l’ABEF établit deux cas d’exemption temporaire. Pas besoin de PPI pour les importations destinées « aux besoins propres » des entreprises : pièces de rechange, consommables, outillage, matériel, équipements. Pas besoin non plus d’autorisation préalable pour les importations destinées « à la revente en l’état »- typiquement, un grossiste qui importe un produit fini pour le vendre tel quel.

Concrètement, ça débloque des dossiers coincés depuis des mois. Les entreprises et les banques peuvent domicilier plus vite, éviter les retards administratifs, traiter des factures incluant du fret sans se faire retoquer. « En gros : ça soulage un système qui s’était rigidifié, surtout pour les importateurs réguliers », précise-t-on. Mais cette bouffée d’oxygène expire le 31 décembre. Et personne ne sait si elle sera prolongée, modifiée, ou si l’on reviendra purement et simplement au système qui étrangle actuellement la production industrielle.

Le fond du problème reste intact

Car c’est bien d’asphyxie qu’il s’agit. Hamouche n’y va pas avec le dos de la cuillère : « Établir un planning d’importation peut prendre cinq mois, alors que nos usines ont commencé à manquer de matière première. Résultat : nous sommes forcés de ralentir notre production alors même que le marché demande plus ». Pire encore, le système bloque l’importation d’équipements industriels essentiels, de haute technologie destinés aux unités de production et aux nouvelles usines que l’État construit. Des investissements qui dorment dans les cartons administratifs pendant que les machines tournent au ralenti.

« Chaque programme met déjà des semaines, parfois des mois, à être validé », poursuit-il. « À cela s’ajoute une réalité que tous les industriels vivent au quotidien : des portes fermées sans préavis. Des canaux sans réponse. Ce n’est pas normal. Ce n’est pas possible aujourd’hui d’importer des équipements industriels essentiels, notamment des machines de haute technologie ».

Après le 31 décembre, quoi ?

La mesure exceptionnelle de l’ABEF montre que les autorités ont pris conscience du blocage. Mais elle pose surtout une question embarrassante : si le système actuel dysfonctionne au point qu’il faille le suspendre pendant quelques semaines, pourquoi ne pas le réformer en profondeur ? Pourquoi attendre trois mois d’asphyxie industrielle avant d’accorder un répit provisoire de cinq semaines ?

Hamouche ne réclame pas des privilèges, juste de pouvoir travailler : « Avec tout le respect dû aux institutions, je demande aux autorités compétentes de reconsidérer la mise en œuvre actuelle de ce mécanisme et d’ouvrir un dialogue sérieux avec les professionnels. Nous ne demandons pas des privilèges nous demandons simplement de pouvoir travailler ». Il conclut sur une note grave : « Parce qu’au final, ce sont nos usines, nos équipes, et l’économie nationale qui paient le prix de ces dysfonctionnements ».

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