Depuis la fin de l’année 2025, l’Iran est secoué par des manifestations d’ampleur nationale, souvent violentes, qui se sont étendues à plus de cent villes et villages, entraînant des dizaines de morts et des milliers d’arrestations.
La colère populaire ne se limite pas à la contestation politique : elle est profondément enracinée dans une crise économique structurelle. Dépréciation de la monnaie, inflation élevée, stagnation de la croissance et recul du pouvoir d’achat touchent particulièrement les classes populaires et les ménages récemment sortis de la pauvreté, qui voient leur niveau de vie se détériorer rapidement.
Le pays a également été visé par des frappes sur des sites sensibles, menées en dehors de tout mandat de l’ONU et au mépris du droit international, ce qui a accentué l’incertitude économique et sociale et pesé sur la confiance des investisseurs et des citoyens.
Une économie fragile et dépendante du pétrole
Longtemps capable de s’adapter aux sanctions, l’économie iranienne se trouve aujourd’hui dans l’impasse. Selon la Banque mondiale et le FMI, le PIB iranien s’est contracté en 2025 et devrait rester faible en 2026. Le pays reste très dépendant des recettes pétrolières, qui financent l’État et soutiennent la monnaie nationale. Malgré la vente d’une grande partie du pétrole à la Chine, les revenus demeurent insuffisants pour couvrir les besoins budgétaires.
Le rial s’est effondré, perdant près de 75 % de sa valeur en un an, tandis que l’inflation annuelle dépasse 40 %, affectant directement le coût des denrées alimentaires et des biens essentiels. Le chômage reste élevé, proche de 10 %, touchant particulièrement les jeunes et les populations urbaines.
Austérité et crises structurelles
Pour contenir le déficit budgétaire et stabiliser le rial, le gouvernement a mis en œuvre une politique d’austérité, combinant hausse des impôts et réduction des dépenses publiques. Cette stratégie a limité la consommation et contribué à la détérioration des conditions de vie.
À ces difficultés économiques s’ajoutent des crises structurelles : pénuries d’électricité, stress hydrique lié aux sécheresses, infrastructures vieillissantes et capacités industrielles fragiles, qui aggravent le mécontentement social et accentuent la frustration face à l’absence de perspectives économiques.
Une contestation profondément enracinée
Si le mouvement de protestation est souvent interprété comme politique, il est profondément lié à l’économie réelle. La population proteste contre la perte de pouvoir d’achat, la hausse des prix, la baisse des aides et le chômage élevé. Les jeunes et les classes populaires, récemment sorties de la pauvreté grâce à des programmes de relance, voient leur situation se détériorer rapidement, alimentant la colère sociale. (The Guardian, janvier 2026)
Les mesures d’apaisement annoncées par le président Massoud Pezechkian — revalorisation des salaires des fonctionnaires et des retraites — apparaissent insuffisantes face aux déséquilibres structurels persistants de l’économie iranienne.
La contestation traduit un mécontentement élargi, mêlant revendications économiques et critiques du système politique, et dépasse largement le seul cadre financier.Le parti Toudeh (communiste) peu suspect d’alliance avec les États-Unis a souligné dans un communiqué daté du 30 décembre que « les manifestations populaires généralisées constituent un nouveau départ pour contester le despotisme religieux-capitaliste et pour libérer la patrie du dénuement, de la pauvreté, de la corruption et du régime anti-peuple de la République islamique ! »

















