Après des années de pénurie, le marché algérien des véhicules utilitaires entrevoit enfin une reprise industrielle. Deux annonces majeures viennent raviver l’espoir, JAC, via Emin Auto, vise une capacité de 100 000 véhicules par an, tandis que TIRSAM promet 65 000 camions dès 2026. Des chiffres ambitieux, mais une question demeure, ces volumes suffiront-ils à combler une crise qui dure depuis trop longtemps?
JAC : une capacité de 100 000 véhicules
À Tamazoura, dans la wilaya d’Aïn Témouchent, l’usine d’Emin Auto a franchi une étape symbolique avec la sortie officielle du premier camion JAC 1040S, après des années d’attente et de procédures. Un lancement présenté comme un tournant pour l’industrie automobile nationale.
Le directeur de production se veut rassurant : « Les premiers véhicules assemblés ont subi une batterie de tests rigoureux. L’usine est aujourd’hui prête à répondre spécifiquement aux besoins des professionnels algériens. ». Avec une superficie de 33 hectares, quatre lignes de production et une capacité annuelle annoncée de 100 000 unités, dont 15 modèles utilitaires, JAC affiche des ambitions claires. La cadence cible atteint 8 000 véhicules par mois, avec un taux d’intégration locale de 10 % dès 2026, appelé à grimper à 30 % en quatre ans.
Le directeur général d’Emin Auto, Nihat Yavuz Sahsuvaroglu, inscrit ce projet dans une logique stratégique : « Nous nous inscrivons pleinement dans la stratégie nationale visant à bâtir une industrie automobile solide et pérenne ». À cela s’ajoute une dimension export, avec 30 % de la production destinée aux marchés africains, positionnant l’Algérie comme hub régional de JAC.
TIRSAM promet 65 000 camions pour répondre à une demande explosive
De son côté, TIRSAM reconnaît sans détour les limites de l’année écoulée. Son directeur général, Samir Maalla, dresse un constat lucide : « En 2025, l’offre n’a pas suivi l’appétit du marché. »
La saturation du système de réservation, les inscriptions multiples et les délais interminables ont révélé l’ampleur de la pénurie. Mais pour 2026, l’objectif est clair : produire et assembler 65 000 camions en Algérie, avec une montée en puissance progressive.
« C’est vrai qu’il y a eu un manque de notre part. Mais pour satisfaire un client, il faut lui vendre. Cette année, la demande était énorme, impossible à absorber. Dans un an, nous allons répondre à la demande des Algériens », affirme le dirigeant.
Une pénurie qui pèse toujours sur les professionnels et les citoyens
Malgré ces annonces, la réalité du terrain reste marquée par une souffrance persistante. Artisans, transporteurs, commerçants et jeunes entrepreneurs attendent depuis des mois, parfois des années, sans visibilité sur les délais de livraison. La rareté des véhicules utilitaires a freiné des milliers de projets, renchéri les coûts logistiques et accentué la pression sur l’économie réelle.
Même combinées, les capacités de JAC et TIRSAM restent insuffisantes à court terme pour absorber une demande accumulée depuis des années. Une usine, ou même deux, ne peuvent à elles seules réparer un marché longtemps paralysé.
















