L’Algérie s’apprête à révolutionner la gestion de ses infrastructures hydrauliques. Sous l’impulsion de l’ANBT, les barrages du pays ne se contenteront plus d’emmagasiner l’eau. Ils deviendront des centrales solaires, des pôles touristiques et des gisements de matières premières.
Le paysage énergétique et hydraulique algérien est à l’aube d’un basculement majeur. L’heure est désormais à la diversification des fonctions. Invitée ce mardi sur les ondes de la Chaîne 2 de la Radio nationale, Mme Nadia Ouchar, directrice centrale à l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT), a tracé les contours de cette stratégie ambitieuse. L’idée phare ? Installer des fermes photovoltaïques flottantes, ou « floatovoltaics », sur les plans d’eau du pays.
Le « Floatovoltaics » : De la recherche à l’industrialisation
Pour transformer cette vision en réalité concrète, le secteur s’appuie sur le savoir-faire académique. Des universités mènent actuellement des études techniques approfondies pour faire passer l’idée au stade de projet industriel. Cette technologie consiste à poser des panneaux solaires sur des structures flottantes à la surface des barrages.
Selon Mme Ouchar, ce projet répond à une volonté politique de diversifier les vocations de ces infrastructures. « À l’avenir, les barrages ne se limiteront plus à la simple mobilisation des ressources hydriques », affirme-t-elle. L’objectif est d’optimiser chaque mètre carré de surface liquide pour produire de l’énergie propre. Cette approche permet de contourner le problème de la rareté des terres agricoles tout en profitant du refroidissement naturel des panneaux par l’eau, ce qui booste leur rendement.
L’économie circulaire s’invite au fond des eaux
Outre l’énergie, l’ANBT souhaite transformer les défis techniques en opportunités économiques. L’envasement, véritable fléau pour la capacité de stockage, est désormais perçu comme un gisement de richesse. La vase extraite pourrait servir de base à la production de fertilisants agricoles de haute qualité.
Sur ce volet, l’innovation est déjà au rendez-vous. L’université de Aïn Témouchent a réalisé une percée scientifique majeure. En collaboration avec une entreprise partenaire, un projet de recherche a permis de transformer la vase de dragage en une matière première destinée à la fabrication de « ciment vert ». Cette expérience, qui s’inscrit parfaitement dans l’économie circulaire, a vocation à être généralisée à l’échelle nationale. Elle offre une solution durable à l’accumulation des sédiments tout en décarbonant l’industrie du bâtiment.
Tourisme et cadre juridique : Les nouveaux piliers
Le futur des barrages algériens passera également par l’attractivité territoriale. L’ANBT souhaite la création de zones de loisirs et le développement du tourisme lacustre. Ces activités permettront de dynamiser les économies locales autour des plans d’eau. Toutefois, Mme Ouchar souligne un impératif : la mise en place d’un cadre juridique rigoureux. Il s’agit d’encadrer ces nouvelles opérations pour garantir la sécurité des infrastructures et la qualité des eaux.
Un potentiel foncier liquide exceptionnel
Le patrimoine hydraulique de l’Algérie offre un terrain d’expérimentation hors norme. Le pays compte aujourd’hui 81 barrages en exploitation. Ce chiffre augmentera dès cette année avec la réception de 4 nouveaux ouvrages. L’effort de construction ne s’arrête pas là, puisque 27 études pour de futurs barrages sont d’ores et déjà prêtes.
Au total, ces infrastructures occupent des dizaines de milliers d’hectares. Une telle surface permettrait d’installer des parcs solaires flottants d’une envergure gigantesque. À l’échelle mondiale, cette technologie a déjà fait ses preuves. La Chine, leader mondial, exploite des fermes flottantes massives à Huainan, capable d’alimenter des milliers de foyers. Le Portugal, avec le barrage d’Alqueva, a également démontré qu’une gestion hybride (eau et soleil) assure une stabilité énergétique exemplaire.
L’Algérie, en exploitant ses barrages sous cet angle multi-usages, se positionne comme un futur leader de la transition énergétique en Afrique. La réussite de ce passage au stade de projet concret dépendra désormais de la synergie entre les centres de recherche et les opérateurs industriels.
















