Agriculture en Algérie : 20 % de pertes à la récolte, la science au secours du rendement

Agriculture en Algérie : 20 % de pertes à la récolte, la science au secours du rendement

Comment passer d’une agriculture céréalière à faible rendement à un modèle productif capable d’assurer la sécurité alimentaire du pays ? C’est autour de cette question centrale que s’est tenue, mardi à Alger, une journée d’étude consacrée à l’amélioration du rendement agricole en Algérie, réunissant ministres, chercheurs, professeurs et experts du secteur.

Une journée d’étude pour rapprocher recherche et agriculture

Organisée dans un contexte marqué par une dépendance aux importations de céréales, cette rencontre a mis en avant un constat partagé : la recherche scientifique algérienne reste insuffisamment exploitée dans les politiques agricoles. Les participants ont insisté sur la nécessité de transformer les résultats des laboratoires et des universités en solutions concrètes sur le terrain, notamment dans les filières céréalières et légumineuses, stratégiques pour l’économie nationale.

Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yassine El-Mahdi Oualid, a d’emblée donné le ton en affirmant que « les filières céréalières et légumineuses ne peuvent être développées sans s’appuyer sur les résultats de la recherche scientifique ».

Des rendements faibles face à des objectifs ambitieux

Aujourd’hui, le rendement moyen des céréales en Algérie oscille autour de 15 quintaux par hectare, un niveau jugé insuffisant par les pouvoirs publics. « Notre objectif est de sortir de cette faible productivité, qui perdure depuis des décennies, pour atteindre au moins 30 quintaux par hectare », a déclaré le ministre, soulignant que la consommation annuelle de blé par habitant en Algérie est largement supérieure à la moyenne mondiale.

Selon lui, les visites de terrain menées conjointement avec le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamal Badari, ont mis en évidence « de nombreuses études importantes, encore inexploitées », portant notamment sur les semences résistantes au changement climatique, l’irrigation, la fertilisation des sols et la répartition géographique des cultures.

20 % de la production perdue lors de la récolte

Au-delà du rendement à l’hectare, un autre problème majeur a été mis en lumière : les pertes post-récolte. Ilham Qaddoura, professeure et chercheuse en matériel agricole à l’École supérieure des sciences agricoles, a révélé que « les systèmes de récolte actuels entraînent des pertes pouvant atteindre 20 % de la production ».

Pour y remédier, un modèle de moissonneuse-batteuse conçu localement a été présenté. Développé en coordination avec l’Institut national algérien des céréales et une start-up, ce nouvel équipement vise à réduire significativement ces pertes et sera testé lors de la prochaine campagne agricole.

Des expériences locales aux résultats probants

La journée d’étude a également été l’occasion de valoriser des expériences déjà menées sur le terrain. Abdelkader Ben Belkacem, directeur de la recherche à l’Institut national de la recherche agricole (INRA), a présenté les résultats de la culture du triticale (Chigum), un hybride du blé et du seigle, expérimenté à Oued Souf.

Résultat : un rendement exceptionnel de 137 quintaux par hectare, accompagné de 450 tonnes de fourrage, dans des conditions climatiques et pédologiques difficiles. Une performance qui démontre, selon lui, « la nécessité d’une exploitation optimale des innovations issues de la recherche scientifique ».

La feuille de route du ministère pour les années à venir

Pour atteindre les objectifs fixés, le ministre de l’Agriculture a détaillé une feuille de route ambitieuse : introduction de nouvelles variétés résistantes au stress hydrique, analyses systématiques des sols et des engrais, extension des superficies irriguées à 500 000 hectares, relance de la rotation des cultures, modernisation de la mécanisation agricole et création de coopératives spécialisées.

Yassine Oualid a insisté sur un point clé : « La participation des chercheurs, professeurs et experts présents aujourd’hui est primordiale pour améliorer la récolte et atteindre les objectifs de productivité ». Un message clair, qui place la science au cœur de la stratégie agricole nationale.

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