Les 1,799 milliard de dollars de transferts enregistrés officiellement par l’Algérie en 2025 ne représenteraient qu’une partie des flux financiers générés par sa diaspora, selon Zoheir Rouis, vice-président de Jil Jadid. En réaction aux derniers chiffres du Fonds international de développement agricole (FIDA), le responsable politique estime que l’enjeu se situe moins dans le montant affiché que dans les circuits empruntés par les fonds de la communauté algérienne à l’étranger.
Dans son rapport Sending Money Home 2026, publié le 14 septembre, le FIDA évalue à 1,799 milliard de dollars les transferts reçus par l’Algérie en 2025. Ce montant place le pays au 11e rang africain. À titre de comparaison, le Maroc a enregistré 13,65 milliards de dollars et la Tunisie 3,26 milliards. À l’échelle du continent, les transferts vers l’Afrique ont atteint 124,2 milliards de dollars en 2025, en hausse de 86 % sur dix ans. À l’échelle mondiale, les pays à revenu faible et intermédiaire ont reçu 728,6 milliards de dollars.
Pour Zoheir Rouis, ces chiffres doivent toutefois être lus avec prudence. Dans une publication consacrée à cette question, le vice-président de Jil Jadid souligne que les données du FIDA comptabilisent essentiellement les flux empruntant les circuits officiellement enregistrés. Elles ne permettent donc pas, selon lui, de mesurer l’ensemble des devises apportées ou transférées par les Algériens établis à l’étranger.
Un écart entre les flux officiels et les flux réels
Le responsable de Jil Jadid met notamment en avant l’écart entre le taux de change officiel et celui pratiqué sur le marché parallèle. Selon son analyse, cet écart, qu’il situe entre 53 % et 80 %, constitue un important facteur de sortie des circuits bancaires officiels.
Une partie des devises peut également entrer directement en Algérie à l’occasion des déplacements des membres de la diaspora, sans transiter par les établissements financiers et sans apparaître dans les statistiques de transferts.
Cette situation conduit Zoheir Rouis à déplacer le débat : plutôt que de considérer les 1,8 milliard de dollars comme une mesure exhaustive de l’apport financier de la diaspora, il estime nécessaire de s’interroger sur les raisons qui conduisent une partie des flux à rester en dehors du système financier officiel.
Le décrochage algérien face au Maroc et à la Tunisie
La comparaison régionale accentue le contraste. Entre 2016 et 2025, les transferts vers l’Algérie ont reculé d’environ 10 %, alors qu’ils ont progressé de 114 % au Maroc et de 79 % en Tunisie, selon les données reprises du rapport du FIDA.
Le Maroc a par ailleurs enregistré environ 122 milliards de dirhams de transferts en 2025, soit près de 13 milliards de dollars, représentant autour de 8 % de son PIB. Le FIDA souligne également les politiques mises en place au Maroc autour des services financiers, de l’épargne et de l’investissement destinés aux Marocains résidant à l’étranger.
Pour Zoheir Rouis, cette différence ne peut pas être simplement attribuée au niveau de revenus ou à la volonté des différentes diasporas de soutenir leur pays d’origine. Elle renvoie également, selon lui, aux conditions offertes par les systèmes financiers nationaux pour transférer, épargner et investir.
De la remittance à l’investissement
Au-delà des transferts familiaux, le responsable de Jil Jadid considère que la diaspora constitue un potentiel économique plus large : épargne, investissement, compétences, réseaux professionnels, transfert de technologies et accès aux marchés internationaux.
Son raisonnement consiste ainsi à dépasser une approche limitée aux transferts destinés aux familles. Il propose notamment de développer des produits d’épargne en devises, de faciliter l’investissement des Algériens établis à l’étranger dans les PME et de mettre en place des mécanismes permettant aux chercheurs, ingénieurs et entrepreneurs de participer plus facilement à des projets en Algérie.
La question centrale devient alors celle de l’attractivité des circuits officiels. Pour Rouis, l’Algérie devrait agir sur plusieurs leviers : réduire l’écart entre les différents taux de change, moderniser les services bancaires, développer les solutions numériques, simplifier les procédures et renforcer la sécurité juridique.
Un enjeu qui dépasse les 1,8 milliard de dollars
Le débat lancé par les chiffres du FIDA ne porte donc pas uniquement sur le volume des transferts officiellement enregistrés. Il interroge plus largement la capacité de l’économie algérienne à capter une partie plus importante des ressources financières de sa diaspora et à les orienter vers les circuits formels et l’investissement.
À l’échelle internationale, les transferts des migrants ont presque doublé en une décennie pour atteindre 728,6 milliards de dollars en 2025 dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Le contraste avec l’évolution enregistrée en Algérie pose ainsi une question économique plus large : celle de la capacité des politiques financières et des dispositifs d’investissement à transformer les liens avec la diaspora en une source durable de financement de l’économie.
Pour Zoheir Rouis, la réponse passe par un changement de modèle : ne plus considérer la diaspora uniquement comme une source de transferts familiaux, mais comme un acteur économique susceptible de contribuer à l’épargne, à l’investissement et à l’ouverture internationale de l’économie algérienne.

