Mohamed Benchicou, l’insoumis de la presse algérienne, s’est éteint

Mohamed Benchicou, figure majeure du journalisme algérien indépendant et ancien directeur de Le Matin, est décédé ce jeudi 24 septembre, à l’âge de 74 ans. Sa disparition referme une trajectoire de presse, d’écriture et de confrontation assumée avec les pouvoirs, qui a durablement marqué l’histoire contemporaine de la liberté de la presse en Algérie.

Maghreb Emergent
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Mohamed Benchicou n' est plus

Le journaliste, écrivain et ancien patron de presse Mohamed Benchicou est décédé ce jeudi 24 septembre, à l’âge de 74 ans. Avec lui disparaît l’une des voix les plus singulières, les plus combatives et les plus écoutées de la presse algérienne indépendante.

Mohamed Benchicou n’était pas seulement un journaliste. Il était de ces hommes de presse pour lesquels écrire ne relevait ni d’un métier confortable ni d’une simple profession, mais d’un engagement. Un engagement pour le droit de dire, de questionner, de contredire et de ne pas se soumettre aux récits officiels.

Sa disparition suscite une émotion particulière dans le monde des médias, chez les lecteurs du Matin, parmi ses compagnons de route, et plus largement chez tous ceux qui ont vu dans son parcours l’une des expressions les plus vives du combat pour une presse indépendante en Algérie.

Né en 1952 à Miliana, Mohamed Benchicou avait fait du journalisme le territoire d’une parole libre. Après des passages notamment à République d’Oran et à El Moudjahid, il participa à la relance d’Alger républicain à la fin des années 1980, à un moment où l’ouverture politique et médiatique semblait rendre possible une autre relation entre la société, le pouvoir et l’information.

Mais c’est surtout avec Le Matin, fondé en 1991, qu’il imposera sa signature. Le quotidien deviendra, au fil des années, l’un des titres les plus influents de la presse d’opposition. Il portait une écriture directe, un ton critique et une volonté de ne pas céder devant les intimidations, les procès et les contraintes qui se sont abattus sur une partie de la presse privée algérienne.

Pour Mohamed Benchicou, le journalisme ne pouvait se satisfaire d’accompagner les événements. Il devait les interroger, éclairer leurs zones d’ombre et rappeler, à chaque époque, que l’information est aussi un contre-pouvoir. Cette conception du métier lui a valu autant de fidélités que d’hostilités.

Le prix de la liberté

L’épisode le plus marquant de cette trajectoire demeure son emprisonnement, à partir de juin 2004. Directeur de Le Matin, il avait été condamné à deux ans de prison ferme dans une affaire de bons de caisse, dans un contexte de forte tension avec le pouvoir, après la parution de son livre “Bouteflika, une imposture algérienne”.

Son incarcération, les campagnes de soutien qu’elle suscita et les préoccupations régulièrement exprimées sur son état de santé avaient fait de son cas un symbole. Reporters sans frontières dénonçait alors le harcèlement judiciaire visant la presse privée et rappelait que le journaliste, détenu depuis juin 2004, était devenu l’une des figures de cette répression.

Libéré le 14 juin 2006 après deux années de détention, Mohamed Benchicou avait alors déclaré vouloir poursuivre « le combat pour la liberté de la presse ». Cette phrase résume peut-être mieux que toute autre l’homme qu’il fut : un journaliste blessé par l’épreuve, mais non renoncé à son exigence.

Cette expérience carcérale nourrira ensuite son œuvre d’écrivain, notamment dans Les Geôles d’Alger, récit d’un affrontement intime et politique avec l’enfermement. Chez lui, l’écriture prolongeait le journalisme : elle refusait l’amnésie, contestait les versions commodes et cherchait à restituer la violence des mécanismes de domination.

Une voix qui ne s’accommodait pas du silence

Mohamed Benchicou aura incarné une génération de journalistes pour lesquels l’ouverture médiatique des années 1990 portait une promesse : celle de faire émerger une presse capable de parler au pays sans tutelle, sans langue de bois et sans peur. Cette promesse a été contrariée, fragilisée, parfois brutalement réprimée. Mais elle a aussi produit des œuvres, des journaux et des consciences professionnelles qui demeurent.

Son parcours rappelle que la liberté de la presse n’est jamais une acquisition définitive. Elle se défend dans les rédactions, devant les tribunaux, dans les choix éditoriaux, mais aussi dans le courage parfois solitaire de celles et ceux qui acceptent d’en payer le prix.

Il était un journaliste de combat, avec ses outrances peut-être, ses passions certainement, mais surtout avec cette fidélité constante à une idée simple : une société ne peut vivre dignement sans presse libre. Il ne cherchait pas à ménager les puissants ; il voulait les obliger à répondre.

À ses proches, à sa famille, à ses anciens collègues, à la rédaction du Matin d’Algérie, ainsi qu’à tous ceux qui ont partagé ses combats ou lu ses textes, Maghreb Émergent présente ses condoléances les plus sincères.

Mohamed Benchicou s’en est allé. Mais son nom restera attaché à une certaine idée du journalisme algérien : libre, irrévérencieux, exigeant et profondément réfractaire à la résignation.

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