Après plusieurs jours de disparition des marchers, la pomme de terre réapparaît timidement dans certains points de vente, mais à des prix qui varient sensiblement d’une région à l’autre. Entre files d’attente, vente directe chez les petits agriculteurs et déplacements vers les wilayas voisines, les consommateurs multiplient les solutions pour se procurer ce légume incontournable. Sur les réseaux sociaux, la pénurie inspire aussi son lot de plaisanteries.
Il faut parfois faire plusieurs commerces, changer de marché ou même parcourir des dizaines de kilomètres pour trouver un kilogramme de pommes de terre. En Algérie, ce légume, habituellement présent dans les cuisines et sur les étals des marchés, est devenu depuis plusieurs jours une denrée difficile à trouver. Dans certaines localités, les rares quantités disponibles partent rapidement, tandis que les prix pratiqués dépassent largement le plafond fixé par les pouvoirs publics.
Cette nouvelle tension intervient après plusieurs semaines de hausse des prix. Début octobre, à l’issue d’une réunion interministérielle, les autorités avaient annoncé un encadrement des prix de la pomme de terre, fixés entre 60 et 70 dinars le kilogramme à la production et entre 80 et 90 dinars au détail. Mais la mesure n’a pas empêché les difficultés d’approvisionnement de s’installer.
Pour tenter de rétablir l’offre, des opérations de déstockage ont été lancées dans plusieurs wilayas, notamment à Aïn Defla, Médéa, Boumerdès et Bouira. Les stocks conservés dans les chambres froides doivent permettre de couvrir la période de transition entre deux campagnes agricoles, en attendant l’arrivée de nouvelles récoltes.
À 80 dinars, les files d’attente à Aïn Benian
À Aïn Benian, dans la wilaya d’Alger, une possibilité d’approvisionnement s’est présentée au niveau d’un point de vente public, à l’ancien OFLA (Office des fruits et légumes d’Algérie). Depuis deux jours, la pomme de terre y est proposée à 80 DA le kilogramme. Une offre qui a rapidement attiré une foule importante, dès le premier jour de sa mise en vente.
Les consommateurs qui ont réussi à s’en procurer jugent toutefois sa qualité passable. Dans les commerces de légumes de la même commune, le produit reste disponible de manière plus limitée, avec des prix allant de 100 à 180 DA le kilogramme, selon la qualité. Les pommes de terre proposées à 100 DA sont notamment de plus petit calibre.
À défaut de retrouver les circuits habituels d’approvisionnement, certains consommateurs se tournent vers les producteurs locaux. Dans la région de Blida, notamment à Boufarik, Bouinan et Bougara, de petits agriculteurs proposent directement leur récolte aux automobilistes, en installant des points de vente le long des routes.
La même pratique est signalée dans certains villages de la wilaya de Tizi Ouzou. À Friha, un jeune agriculteur affirme avoir écoulé, durant le week-end, les pommes de terre récoltées dans son propre potager. Une vente de proximité qui permet à certains habitants de contourner, au moins temporairement, les difficultés rencontrées dans les commerces traditionnels.
De Béjaïa à Sétif, la pomme de terre se mérite
Plus à l’est de Béjaïa, la recherche du tubercule pousse également certains habitants à élargir leur périmètre d’approvisionnement. Des déplacements vers Sétif sont ainsi l’occasion de faire des provisions, notamment pour les familles qui ont des proches ou des étudiants dans la région.
À Sétif comme à Bordj Bou Arréridj, la pomme de terre est signalée à environ 160 DA le kilogramme. Un consommateur rencontré dans la région affirme avoir pu acheter des pommes de terre de bonne qualité à Sétif, samedi, après avoir accompagné sa fille étudiante à la cité universitaire.
Ces différences de disponibilité et de prix illustrent les disparités observées d’une région à l’autre. Alors que certains points de vente publics proposent encore le produit au prix encadré, d’autres marchés affichent des tarifs nettement plus élevés, quand ils ne sont pas tout simplement dépourvus de marchandises.
« Même les pommes de terre deviennent un signe de richesse »
La pénurie n’a pas seulement alimenté les discussions dans les marchés. Elle s’est également invitée dans les publications et les conversations sur les réseaux sociaux, où les internautes ont choisi, pour beaucoup, d’en rire.
Des montages vidéo mettant en scène des pommes de terre accompagnées d’une chanson en arabe, « Win nelqak nechrik b dollar » (où te trouver ? Je t’achèterai même en dollars), circulent notamment sur les plateformes sociales. D’autres publications présentent des photos de pommes de terre comme s’il s’agissait d’un produit de luxe, suggérant, sur le ton de la plaisanterie, que ceux qui en possèdent sont désormais des privilégiés.
Derrière ces blagues se dessine aussi une lassitude face aux difficultés répétées d’approvisionnement en produits de première nécessité. Plusieurs internautes établissent un parallèle entre la rareté de la pomme de terre, les inquiétudes autour de la disponibilité de l’huile de table et la cherté des œufs.
Certains parlent ainsi, avec ironie, d’un « complot contre les frites-omelettes » : chaque fois qu’un ingrédient est disponible, un autre vient à manquer. Une manière de résumer les difficultés rencontrées par les ménages pour composer des repas à partir de produits aussi ordinaires que la pomme de terre, l’huile et les œufs.
En attendant un retour à une disponibilité régulière, les consommateurs continuent de chercher le meilleur endroit où trouver le kilogramme de pommes de terre. Entre les points de vente publics, les petits producteurs et les marchés des wilayas voisines, le produit reste au centre des préoccupations quotidiennes. Et pour beaucoup, faire des frites relève désormais d’une véritable chasse aux ingrédients.



